Le général Rondot a-t-il été torturé ? A lire les extraits de ses déclarations aux juges dans « Le Monde » de la semaine dernière, puis l’intégralité de son procès-verbal d’audition dans « L’Express » et à les comparer enfin avec son interview paru hier, dans « Le journal du dimanche », le doute n’est plus permis. Notre maître-espion a d’abord été victime d’une machination « à l’insu de son plein gré », puis, entre son interrogatoire et son témoignage d’hier, d’un lavage de cerveau dans la plus pure tradition de nos « services ».
Désormais, à l’entendre, ses écrits sur l’affaire Clearstream, saisis tant à son domicile que dans sa maison de campagne, n’ont pas plus de valeur que du papier mâché. A croire presque qu’ils auraient été rédigés machinalement, lors d’un moment d’égarement. Bref, que les mots « « l’enjeu politique : Nicolas Sarkozy », « Fixation Nicolas Sarkozy », « liens Sarkozy-Dassault », par exemple, n’auraient jamais dû… être interprétés. Et le général d’enfoncer le clou dans le JDD : « il n’a jamais été question d’enquêter sur Nicolas Sarkozy ou sur les autres hommes politiques dont les noms sont apparus sur les listings ». Ce qui revient à dire, en résumant un peu, que le général n’aurait enquêté sur rien, malgré neuf réunions avec Dominique de Villepin, quelques déplacements en Suisse et des centaines de propos manuscrits.
Le général Rondot a reconnu devant les juges qu’il avait menti à son ministre de tutelle, Michèle Alliot-Marie, mais il a laissé entendre dans son interview d’hier qu’il ne s’agissait que de confusions. Pourquoi, alors, après avoir relu sa déposition et persisté, l’avoir signée ? Parce qu’il ne savait pas qu’il pouvait « refuser de le faire ». « Je me suis comporté en citoyen ordinaire, sans faire état de mon grade ou de mes décorations ». Quand pareil dévouement se conjugue avec un tel patriotisme, cela tourne à la nécessaire défense des anciens combattants. On ne peut plus alors parler de naïveté, mais d’héroisme.
Il faut désormais sauver le soldat Rondot ! Qui n’a rien vu, rien dit, rien écrit, ni contredit. Qui aime la France, son Premier ministre et son Président. Qui n’a eu aucun contact avec personne au cours des dernières semaines. Qui est resté muet comme une carpe et sourd comme un résistant.
Bref, le problème n’est plus maintenant de savoir si le général Rondot a été torturé. Mais… par qui ?
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L’édition du « Monde » de ce week-end comporte un étrange éditorial intitulé « à nos lecteurs » et signé Jean-Marie Colombani. Le Directeur du quotidien prévient tout le monde, et c’est un euphémisme que de le dire, que son journal risque d’être prochainement perquisitionné, voire plus, dans le cadre de l’affaire Clearstream. Le tout à cause de l’ouverture d’une « information contre X pour violation du secret de l’instruction ». Sur la forme, on peut, certes, comprendre l’émoi qu’une telle perspective peut engendrer. On peut aussi espérer que journalistes et rédacteurs sauront, avec leur directeur, protéger leurs sources et leurs informateurs. Mais sur le fond, on peut aussi s’étonner que le journal « s’étonne » de pouvoir faire l’objet d’une telle « attention », alors qu’il publie presque chaque jour des détails qui n’auraient jamais dû quitter les bureaux des juges d’instruction.
Deux phrases, prononcées hier sous le feu de l’actualité, méritent que l’on s’y arrête. La première est celle de Dominique de Villepin qui, s’adressant aux photographes installés dans la cour de Matignon, leur a lancé : « vous êtes là comme des fonctionnaires, comme des moules accrochées au rocher ».
Dégoûtés, écoeurés, désemparés ! Les Français n’en peuvent plus de découvrir chaque jour, à la Une de l’actualité, les bassesses et petitesses commises par ceux qui les gouvernent. Entre coups bas, coups fourrés et coups tordus, leur coupe est pleine. Entre mensonges par destination, mensonges par omission et dissimulation de la vérité, ils ne sont plus en mesure de faire la différence. Ils se rappellent seulement que, jadis, on leur avait fait le coup du sang contaminé, du Rainbow Warrior, des écoutes de l’Elysée et que, aujourd’hui, on les promène de rumeurs politiques en complots d’Etat, de commissions occultes en fonds suspects et de pratiques d’officines privées en confidences d’agents secrets.
- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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