Il n’est jamais bon de s’acharner sur un homme à terre. Mais force est de reconnaître que l’audition, hier , du juge Burgaud n’a en rien servi la vérité, ni redonné un peu d’humanité à une Instruction qui, décidemment, aura été « bâclée » jusqu’au bout. Certes, le jeune magistrat aura reconnu des doutes et « peut-être », selon ses propres termes, « des erreurs d’appréciations », mais il n’aura jamais avoué… s’être trompé. Les pistes qu’il a suivies n’ont jamais été fausses, elles sont seulement revenues… « négatives ». Finalement, la sémantique apprise sur les bancs de l’ENM a eu bon dos. Elle lui aura permis en tout cas d’éviter les coups et de «survivre» à un désastre judiciaire qui ressemble de plus en plus à un fiasco personnel.
Mais, de cette débâcle, le grand public n’aura pas eu vraiment connaissance. Ou si peu. Car il aura fallu attendre l’extinction des lumières du direct par les chaînes généralistes et une heure bien tardive pour sortir Fabrice Burgaud de ses laborieuses réponses. Il aura aussi fallu toute la pugnacité du rapporteur de la commission d’enquête parlementaire pour sortir le juge d’une leçon bien apprise. Il aura fallu, enfin, aborder les deux dernières thématiques d’un ordonnancement bien policé, pour lézarder quelque peu le front bien lisse d’un magistrat qu’on aurait cru tout juste sorti du lycée. Dès lors, face aux questions sur ses méthodes d’investigation ou ses relations humaines, les silences ont été pesants, les non-réponses ont été criantes et les arguties procédurales, prononcées d’un ton mécanique, d’une pauvreté affligeante.
En près de sept heures d’audition, Fabrice Burgaud a montré un zeste de compassion et un brin de regrets. Mais, enfermé dans sa certitude d’avoir « effectué honnêtement » son travail, tout en assumant « totalement » la responsabilité de l’instruction qu’il a mené, il n’a, en réalité, formulé aucun remords ni, semble-t-il, imaginé un seul instant présenter des excuses. Ni aux « acquittés », ce qui est un peu inhumain, ni même, ce qui est plus effrayant, à la… société.
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La relative faiblesse de la mobilisation, hier, contre le Contrat Première Embauche (CPE) montre bien que l’heure n’est plus aux certitudes. Et que les clichés n’ont plus vraiment droit de « cité ». Aujourd’hui, pour la grande majorité des citoyens, ainsi que pour l’essentiel des jeunes en mal d’emploi, il semble bien que le pragmatisme doive l’emporter sur le dogmatisme. Ainsi que l’expérimentation sur l’exclusion. Alors il n’est pas étonnant qu’il y ait eu, hier, à l’exception de quelques milliers d’étudiants et de lycéens politisés et les traditionnels professionnels syndiqués, si peu de monde à battre le pavé. Même si d’aucuns accusent déjà les vacances scolaires, les prochains partiels et pourquoi pas la RTT, d’avoir « volé » à la jeunesse le loisir de manifester. Ce coup de semonce, à défaut de constituer une déferlante, n’en demeure pas moins un sérieux avertissement.
Les manifestations exaltées de ces derniers jours dans le monde musulman donnent raison avec tristesse à cette lecture de Guy de Maupassant : "le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit "amuse toi". Il s'amuse. On lui dit "va te battre avec le voisin". Il va se battre. Puis on lui dit "vote pour la République". Et il vote pour la République".
C'est déjà presque un... aveu. "Nous ferons la réforme de la Justice dont notre pays a besoin" a dit, hier soir, Dominique de Villepin, sur Europe 1. Et le Premier ministre d'ajouter que le choix de transparence oblige aujourd'hui à remettre en question un certain nombre de mécanismes, de procédures, à rechercher des garanties, à préciser certaines responsabilités. C'est donc même presque de la repentance... présumée.
- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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