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  • : Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur la Communicatio
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Lundi 10 avril 2006

Ainsi donc, aujourd’hui serait le « jour J » du dénouement de la crise du CPE, le jour de gloire des millions de manifestants et le jour de vérité pour le gouvernement. Il faut l’espérer, tout en souhaitant également que l’on se remette au travail rapidement. Et que l’on puisse réfléchir sereinement sur la meilleure façon de permettre aux jeunes sans emploi et sans formation de se réinsérer. Sans emplois bidons, ni formations alibi, mais avec un contrat mieux né, mieux négocié et mieux compris. Ce qui ne veut pas dire un contrat pour… l’éternité. Car, un jour, il faudra bien se résoudre à analyser cette crise du CPE et à constater qu’elle a été fondée sur une double ambiguïté. Entre emploi et solidarité. Entre flexibilité et frilosité.

A entendre certaines critiques politiques et syndicales qui dépassent le simple cadre du Contrat Première Embauche,  on a, en effet, l’impression que d’aucuns voudraient que l’emploi en France soit comme une sorte de train « Paris-Marseille ». On entrerait en activité vers 18-27 ans, ou plus jeune, avec un Bac, une licence ou un CAP, comme on entre à Paris gare de Lyon. Selon son classement, on aurait alors « droit » à la première ou à la seconde classe, côté fenêtre ou côté couloir, formule duo ou quattro. Et l’on ne sortirait du train qu’à la gare Marseille Saint-Charles, à l’âge de la retraite, 50 ans pour les uns, 55 pour les autres et 65 ans pour les moins chanceux. Tout le monde serait ainsi sur des rails et voyagerait dans l’emploi en toute sécurité, augmenté à l’ancienneté et promu par élection. Avec le risque faible d’un déraillement inopportun, d’une coupure de courant tout aussi rare et l’assurance d’un paiement négocié en cas de grève. Mais cette utopie, fondée sur un communisme décadent et une vision étriquée du travail et de la liberté, ne résiste pas à l’analyse et confine à l’absurdité. La sécurité, certes, voudrait que l’on soit tous fonctionnaires, sans chefs, ni autorité, ni contraintes, ni devoirs, ni objectifs, ni ambitions. Sauf qu’aucun Etat ne pourra jamais se payer de tels employés. Et les rares qui ont essayé ont tous aujourd’hui presque disparu, laminés par les dettes et les révoltes, épuisés par les inégalités et l’isolement de leur société compartimentée.

En fait, à confondre humanité et activité, emploi et individu, on se trompe toujours de combat. Car ce n’est pas l’emploi qu’il faut protéger, mais l’individu. L’emploi en tant que tel n’est qu’une activité de l’homme et non le contraire. On ne naît plus aujourd’hui pour être chaudronnier à vie, conseiller commercial pour l’éternité ou chômeur à… mort. Il n’y a pas de honte à changer, à progresser, à se former ou à se tromper. Les Danois l’ont si bien compris qu’ils protègent l’homme quand il se trouve en difficulté. Ils l’entourent alors de subsides et d’affection, de formation et de formateurs et l’aident à se réinsérer au plus tôt. Non pas tant par pure générosité, mais pour épargner les finances publiques mises ainsi à contribution pour le bien de la société toute entière. Ah ! certes, ce n’est pas le modèle français, qui n’en finit pas de perdre écrous et boulons, c’est à la fois tout son contraire et beaucoup mieux. A tel point que l’on serait bien inspirés de… l’analyser.

par le blog-notes de Jean-Paul Busnel publié dans : jpbusnel
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Dimanche 9 avril 2006

Depuis près de cinquante ans, ils régentent tout. Ils « fournissent » l’essentiel des dirigeants des organismes publics, semi-publics, privés à participation de l’Etat, des grandes administrations, des cabinets ministériels et de leurs assistants. Ils sont de gauche ou de droite, voire parfois d’extrême gauche ou d’extrême droite. Ils sont tous sortis du même moule, même s’ils ont des activités et des idées différentes. Avec d’égales certitudes sur les choses de la vie, les ressorts et les moteurs de l’économie, les modes de gestion et de lutte contre l’inflation, à défaut d’avoir les mêmes approches. Et, tous complices du refus de changer, ils ont réussi la performance de plonger la France des « Trente Glorieuses » dans des décennies de décadence. Avec des centaines de caisses vides, des injustices par milliers, des chômeurs et des fonctionnaires par millions et des dettes par milliards. Tout cela avec notre complicité.

Pierre Viansson-Ponté, dans son premier tome de « l’Histoire de la République gaullienne » démontait bien le système : « Le technocrate, gaulliste ou non, avait bien souffert sous la IVe république. Il n’était jamais assuré du lendemain; les gouvernants défilaient comme les images du kaléidoscope et chacun lui donnait des ordres contradictoires en insistant sur ses responsabilités… Or le technocrate, contrairement à la légende, n’ambitionne pas de régner, mais aime au contraire à être commandé. En 1958, il découvre avec soulagement et espoir la situation dont il n’osait rêver… Mieux, parmi les ministres, figurent d’emblée plusieurs grands commis qui assurent ainsi à leur département une double « couverture », à la fois politique et administrative… Les technocrates ont enfin leur République »… La situation n’a guère changé, même si la France en a déjà payé le prix fort. On ne peut même pas en vouloir à Michel Debré  d’avoir créé en 1945 l’établissement public de l’Ecole nationale d’administration. A l’époque, l’école avait seulement « vocation » à former les futurs cadres supérieurs de l’Etat. Ce n’est plus vrai aujourd’hui puisque le site internet de l’ENA précise qu’il s’agit désormais d’une « école européenne de gouvernance » destinée à la « formation des décideurs publics de demain ». Il y a, dès lors, de quoi frémir. Non seulement en voyant la liste des anciens élèves capables encore aujourd’hui de sévir, mais surtout, en constatant leur présence tout aussi nombreuse dans l’impressionnante liste des candidats putatifs à l’élection présidentielle de 2007.Tant à droite qu’à gauche. Certes, la gauche a l’avantage. Dans la guerre des « promotions » qui s’annonce, elle compte déjà quatre conscrits contre seulement deux pour la droite. Le promotion Voltaire est, par trois fois, la mieux représentée, mais, là aussi, la gauche reste la mieux armée avec deux candidats qui entretiennent plus que des relations d’amitié. Ainsi donc l’ENA semble encore bien placée pour l’emporter.

Mais si la France réfléchissait un peu, cette constatation devrait elle-même servir de sélection. Et cette particularité de la plupart devrait les disqualifier. La France n’en peut plus, en effet, de ne connaître au sommet de l’Etat, à de très rares exceptions près, que des prétendus « serviteurs » de l’Etat qui n’ont fait que le… dépouiller.

 

par le blog-notes de Jean-Paul Busnel publié dans : jpbusnel
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Samedi 8 avril 2006

SI

A l’heure où les certitudes défaillent sur le deuxième procès d’Outreau, où les tensions s’exaspèrent autour du CPE, où les espoirs de paix s’éloignent en Irak et au Proche-Orient, il est des poèmes et des ouvrages que l’on devrait sans cesse relire :

« Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie et, sans dire un seul mot te remettre à bâtir.

Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties sans un geste et sans un soupir.

Si tu peux être amant sans être fou d'amour, si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,

et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, pourtant lutter et te défendre.

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles travesties par des gueux pour exciter les sots,

Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles, sans mentir toi-même d'un mot.

Si tu peux rester digne en étant populaire, si tu peux rester peuple en conseillant les rois

Et si tu peux aimer tous tes amis en frères, sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.

Si tu sais méditer, observer et connaître, sans jamais devenir sceptique ou destructeur,

Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître, penser, sans n'être qu'un penseur.

Si tu peux être dur sans jamais être en rage, si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu peux être bon, si tu sais être sage, sans être moral ni pédant.

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d'un même front.

Si tu peux conserver ton courage et ta tête, quand tous les autres la perdront.

Alors, les rois, les dieux, la chance et la victoire seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire, Tu seras un homme, mon fils ».

Car, plus qu’un texte de Kipling et plus qu’une chanson de Lavilliers, c’est un véritable cri de courage et d’humanité. Ce qui manque sans doute le plus, aujourd’hui, à notre… société.

par le blog-notes de Jean-Paul Busnel publié dans : jpbusnel
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Vendredi 7 avril 2006

« Il faut tourner la page… Cela aurait pu arriver à tout le monde ». Cette déclaration lapidaire d’un ami de Jamal Derrar, responsable présumé de la mort de Sohane, fait froid dans le dos. Ainsi, comme si l’horreur de ce crime monstrueux ne suffisait pas, les déclarations des témoins de la défense y ajoutent l’indignité. Mais, si l’on ne veut pas croire un instant que ces jeunes des cités aient pu, de leur propre chef, inventer cette forme de détachement, d’excuse ou de banalisation d’un crime, on ne peut qu’en vouloir aux adultes qui ont eu le front de leur souffler ce genre d’argument. Car, enfin, Sohane est morte brûlée vive seulement parce qu’elle résistait au diktat d’un petit caïd de banlieue. Et ce cruel jeu de pouvoir, jusqu’à ce que mort s’ensuive, n’a rien de banal puisqu’il nous renvoie directement à l’âge de pierre. A cette période où la vie des uns et des autres tenait plus du hasard des rencontres que des lois d’une vie en société.

Quant à la thèse de « l’accident », plaidée là aussi par l’accusé sur le conseil « d’on ne sait quel gourou », elle ne résiste ni à l’étude des faits, ni à l’analyse et encore moins au chagrin. Comment des hommes et des parents peuvent-ils entendre qu’une jeune fille, leur fille, a été enfermée dans un local à poubelles par accident ! Qu’elle a été aspergée d’essence par accident ! Avec un bidon qui traînait là par hasard ! Et enfin immolée par un homme qui avait allumé son briquet mécaniquement et l’avait aussi trop approché de sa victime. Par… accident !

Ce soir, les jurés auront à décider non seulement du prix d’une vie, en terme de sanctions, mais aussi du prix de cette dénégation « ordinaire ». Car il est devenu trop facile aujourd’hui, de donner à cette violence habituelle autant de « circonstances atténuantes ». Ce n’est plus de la compréhension, mais de la lâcheté. Et cette forme de pensée unique témoigne de toutes nos démissions, petites ou grandes.

La pauvreté des cités n’est pas, en effet, une nouveauté du siècle. Et l’absence de valeurs de certains enfants n’est pas une fatalité des banlieues. Qu’on peut, à tout propos et en n’importe quelle circonstance, justifier par l’absurde. Aujourd’hui, on les observe alors qu’hier on les condamnait. Aujourd’hui, on les dénonce, tandis qu’hier on les combattait.

Dès lors, la mort de Sohane est aussi un peu de notre… responsabilité.

par le blog-notes de Jean-Paul Busnel publié dans : jpbusnel
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Citation du jour

- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage  en danger de périr.

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Jean-Jacques ROUSSEAU

Agenda

- Le 08 septembre 2008 : jury de recrutement Bac +5

 

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