Tchernobyl, c’était aujourd’hui, il y a… vingt ans. Mais, comme une mauvaise farce, la plupart des journaux et médias ont devancé la date anniversaire, qui d’un jour, qui d’une semaine, voire d’un mois, comme si cette prétendue course tardive à l’information avait désormais une quelconque signification. On aurait aimé qu’ils aient été tout aussi prompts, jadis, à informer les citoyens quand le césium 137 envahissait les jardins.
Je m’en souviens très bien pour avoir été, à l’époque, un des rares à agiter le tocsin. A affirmer fort et clair dans les colonnes de « Presse-Océan » et de « L’Eclair », un mois après la catastrophe, que le nuage radioactif, loin de s’arrêter à la frontière, avait déversé son poison sur une langue de terre très large s’étendant de Strasbourg à Ajaccio. Je revenais alors d’une enquête en Allemagne fédérale sur les opposants au nucléaire et j’avais été frappé par la réactivité des autorités sitôt la catastrophe connue. Tout avait été mesuré, étudié, noté et comparé, avec précaution et prudence, pragmatisme et méticulosité. Le phénomène avait été expliqué et commenté et j’avais pu ainsi écrire que les particules de césium 137, en se répandant sur notre sol, commençaient par s’enfouir profondément avant de remonter progressivement. Ce qui laissait présager, à terme, une forte contamination alimentaire par les racines, par l’herbe, par les champignons, puis par le lait...
Mais, contrairement à la RFA qui « fourmillait » de précautions, la France, telle la cigale, s’enivrait de déclarations apaisantes. Le professeur Pellerin, directeur du service central de protection contre les rayonnements ionisants, claironnait que la croissance de la radioactivité restait bien inférieure aux valeurs dangereuses en produisant des données incomplètes. Quant au ministre de l’Industrie du gouvernement Chirac de l’époque, Alain Madelin, il plastronnait de suffisance et d’assurance, avec toute l’autorité que confère l’ignorance.
Aujourd’hui, vingt ans après, tandis que le césium 137, dont la nocivité disparaît au bout de trente ans, est toujours à cinq centimètres de la litière végétale et empoisonne racines et champignons, la France n’a encore fait ni lumière, ni justice sur ses dysfonctionnements. On ne sait toujours pas si ce sont les scientifiques d’Etat qui ont failli ou leurs supérieurs politiques. Si ce sont les uns qui se sont trompés ou les autres qui les ont muselés. Toujours est-il que les affections de la thyroïde, elles, se sont multipliées de façon anormale dans certains secteurs de l’hexagone, comme en Corse, et qu’elles sont encore sûres, hélas, de progresser. Pas comme… la vérité.
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
C’est une bien triste révolution qui est en marche au Népal. Sur fond de cruauté, de massacres et d’ignorance. Et plus rien ne semble pouvoir l’arrêter. Ni les balles réelles de forces de police, ni les promesses évasives et tardives du roi Gyanendra. Et hier, tandis que les Etats-Unis ordonnaient à leurs ressortissants de quitter le pays, le sang coulait de nouveau dans la banlieue de Katmandou, faisant craindre le pire pour aujourd’hui. Le peuple n’a en effet plus rien à perdre ou à gagner dans ce petit pays déchiré par 10 ans de guérilla avec les rebelles maoïstes. Alors qu’il vivait déjà de pauvreté, il souffre désormais de pénurie depuis le début du mois. De pénurie d’essence, d’aliments et de médicaments. De pénurie de tout, de liberté comme d’espérance et de bons sentiments. Et il sera encore dans les rues, ce mardi, à l’appel des partis de l’opposition, pour réclamer le rétablissement de la démocratie pluraliste. Un slogan bien trop grand pour lui qui sait à peine parler le népalais, qui est analphabète à 50% et plus pauvre que son voisin du Bangladesh. Alors, il marche sur le palais, comme Forrest Gump courait, sans illusions ni convictions, éternellement écartelé entre opposition et rébellion. Otage et victime de tous les « pouvoirs » ou potentats. Souffrant toujours de n’avoir pu faire le deuil du roi Birendra et ne comprenant rien aux arcanes politiques et idéologiques.
Le congrès de la CGT, qui s’ouvre ce matin à Lille, aura tout à la fois des airs de fêtes et des allures de règlements de comptes, dans le sens propre du mot. Mais Bernard Thibault espère quand même que la grande victoire contre le CPE mettra un peu en sourdine les revendications à propos des cotisations. Rien n’est moins sûr. Car la CGT a besoin d’unités, « sonnantes et trébuchantes », pour se centraliser ou, plutôt se « confédéraliser » selon le terme choisi. Et si la réforme de Villepin est arrivée fort à point pour occuper pendant deux mois syndicats, fédérations, unions locales et départementales, et les détourner de leurs contestations financières, et si chacun aura encore à cœur de fêter la victoire, il n’est pas sûr que le défunt contrat première embauche parvienne à calmer tous les grincements de dents.
Caprice des Dieux ? Toujours est-il que deux de nos superstars du moment envisagent de prendre leur retraite. L’un, toujours assis, qu’il pleuve ou qu’il vente, en aurait marre de tourner en rond tandis que l’autre, toujours debout, qu’il vente ou qu’il pleuve, ne prendrait plus plaisir à taper dans un ballon. C’est du moins ce que disent les gazettes. On en saura plus pour l’un aujourd’hui, tandis que, pour l’autre, il faudra attendre mercredi.
- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
Commentaires