Ah quel orgueil, ou quelle fierté, il a fallu à cette homme pour refuser pendant quatre ans d’avouer qu’il avait agi au mieux pour le PS ! Pour taire qu’il avait volontairement sacrifié sa propre personne pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être, à savoir les élections législatives à suivre. Quel sens de l’honneur de vouloir ainsi protéger ses troupes du mauvais sort, évitant plus de morts au « champ d’honneur », quitte à être mal compris ! Mais quel dépit aussi, pour lui, de s’apercevoir que personne n’avait compris son geste ! Ni ses ennemis, trop heureux de l’enterrer, ni ses amis, qui n’ont jamais réussi à faire passer le message. A moins, finalement, que ce retrait ne les ait tous arrangés. Eliminant ainsi le « meilleur » d’entre eux pour laisser place à tous les appétits de l’ombre, à tous ces seconds couteaux qui attendent éternellement dans l’antichambre la moindre maladresse et la plus petite indigestion.
Hier soir, Lionel Jospin avait des larmes dans les yeux. Seul dans la tempête de 2002, il est resté seul dans la défaite. Hanté de longues années et condamné à purger sa peine. Accusé jadis de désertion, d’abandon, victime expiatoire de tant de désillusions, il est sorti hier, de son silence, comme on sort de sa retraite, sans recul, ni protection. Comme on sort du bagne, blanchi, osseux et un peu désabusé. L’émotion était si forte qu’elle a submergé les militants et éclairé l’homme d’une nouvelle dimension. Celle d’un être sage, juste et honnête, qui ne sourit pas d’un rire niais, ne compose pas avec « l’ennemi », refuse de trahir ses convictions et ne parle pas pour ne rien dire.
Hier soir, Lionel Jospin a « tétanisé » le PS. Les jeunes élèves socialistes de l’université d’été se sont aperçus qu’il existait encore des professeurs et des maîtres à penser. Hier toujours, les vrais militants ont appris que la politique n’était pas science exacte, que même les plus grands théoriciens pouvaient se tromper et que les meilleurs n’étaient pas à l’abri des erreurs. Hier enfin, les électeurs auront compris qu’une élection n’était pas un diplôme de plus à conquérir, une élection des Miss à réussir ou un titre du Rotary à faire valoir. Tous auront senti sans doute qu’une candidature suprême ne se déclarait pas à main levée, qu’elle ne se décrétait pas à l’arraché ou à la faveur d’une empoignade. Qu’elle n’était ni question de pesée ou de parité, mais de larmes et de sang, de doutes et d’espérances, d’abnégation et de souffrances, de vocation et de désintéressement. Cherchez « l’erreur » !…
Grâce à La Rochelle, l’histoire retiendra désormais que Lionel Jospin s’était sacrifié pour le parti. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que le parti d’aujourd’hui veuille maintenant se sacrifier… pour lui.
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
« Amis pour la vie »… En posant ainsi, jeudi dernier, sur le balcon de la fédération socialiste de Charente, à la Rochelle, on se demande bien quelle image ont voulu donner les prétendants socialistes ? Car nul ne peut croire vraiment à cette fraternité délicate et affichée, à ces sourires de façade, à cette main sur l’épaule négligemment posée… Trois anciens ministres pour la même ambition. Il ne manquait plus sur la photo que l’ex-Premier d’entre eux, Laurent Fabius, pour figurer cette belle brochette de « Présidents » à l’affiche du menu de l’université d’été. Quatre spécimens de premier choix en guise de poisson dans l’assiette. Mais pas du menu fretin, rien que du requin certifié Atlantique et contemporain.
Il n’est jamais trop tard, dit-on, pour bien faire. Pas si sûr ! Car désormais le monde entier aura compris que la France n’a plus les moyens de ses ambitions. Et ce ne sont pas les 1.600 soldats supplémentaires que Jacques Chirac a finalement décidé, hier soir, d’envoyer au Liban qui
Finalement, Dominique de Villepin et Jacques Chirac ne sont jamais aussi populaires que quand ils ne font « rien ». Les vacances leur profitent et leur redonnent des couleurs, au propre comme au figuré, dans les reportages photos comme dans les études d’opinion. C’est ainsi que, selon le baromètre Ipsos-Le Point, le chef de l’Etat a gagné trois points en août tandis que le chef du gouvernement a enregistré deux points de bonus. Le président de la République profite un peu plus de ce mois d’été car il a eu « l’audace » de beaucoup s’avancer sur la guerre du Liban. Et, s’il n’est pas allé à Beyrouth, il a multiplié les petits sauts d’hélicoptère, à quelques kilomètres de Brégançon, pour dire au monde entier sa façon de penser. Qu’importent d’ailleurs que les actes ne suivent pas. Car, pour les Français, ce sont d’abord les intentions et les effets d’annonce qui comptent. Le « reste » n’est que du domaine de la simple exécution. Même si « ce reste » ne voit jamais le jour, à l’image de certains décrets d’application qui dorment dans les cartons depuis des décennies.
- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
Commentaires