Et si l’on parlait désormais d’autre chose. Maintenant que le deux camps sont en place. Que Nicolas Sarkozy, comme Ségolène Royal il y trois semaines, ont installé leurs pions, leur chevaux, légers ou pas, leurs tours et leurs cavaliers sur l’échiquier. Maintenant que le chronomètre est prêt et que le compte à rebours va commencer. Il leur reste, certes, à déménager. A installer leur QG de campagne et à l’inaugurer. A peaufiner leurs affiches et leurs slogans. Mais le plus dur est fait. Tous deux, par des « primaires » qui n’en ont pas été vraiment, sont investis par leurs partis respectifs et ont pu se faire tailler leurs costumes de « Président ». Ségolène a choisi le blanc, Nicolas préfère le bleu. Les autres candidats n’auront que l’embarras du choix des couleurs restantes. Même si le rouge et le vert sont, semble-t-il, déjà pris, il leur appartiendra sûrement d’y apporter quelques nuances.
En attendant, les slogans commencent à fleurir. Mais entre le « pour que ça change fort » de l’une et le « ensemble, tout devient possible » de l’autre, il ne va pas rester beaucoup d’espace pour les derniers optimistes, ceux qui prédisent autre chose que les incantations au poing levé ou la simple réflexion sur les vertus du rassemblement. Quant à ceux qui annoncent périodiquement le grand soir et la révolution, il leur faudrait enfin interpeller les électeurs autrement que par des accents faussement amicaux de « camarades » ou de « travailleuses, travailleurs » pour pouvoir simplement être écoutés. Et pas seulement des oreilles écorchées.
Aujourd’hui, tout le monde va pouvoir gloser sur le « possible » ou le probable, sur le « ça » ou le moins que « ça ». Mais, pendant tout ce temps, la vie continue. Sans nuances. Avec ses hauts et ses bas, ces morts stupides sur la route près d’Amiens, ces enlèvements d’enfants à répétition, ses licenciements chez Arena ou ailleurs, ces promeneurs emportés par la tempête à la pointe du Raz. Mais peut-on encore parler de vie, de vraie vie quand on égrène les faits divers et les suppressions d’emploi comme le chemin de croix d’un long week-end en France. Et qu’on les met en perspective avec les 3,5 millions d’euros dépensés hier pour le demi-sacre d’un homme qui, seul candidat, n’en avait pas… besoin.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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