Politiquement, le plus à plaindre dans cette affaire du CPE est sans doute Nicolas Sarkozy. Il se voit pris chaque jour, à son corps défendant, dans l’engrenage du mécontentement. Et il rage sûrement de voir s’émietter, chaque soir un peu plus, la cote de popularité de la majorité. Et lorsqu’on l’aperçoit, ainsi tassé comme hier sur son son siège à l’Assemblée, on ne peut que s’apitoyer. Car, forcé de se taire au nom de la discipline gouvernementale, contraint de soutenir Dominique de Villepin sur tous les gradins, il boit jusqu’à la lie le calice de la solidarité. Oh, il tente bien d’infléchir le jusqu’auboutisme de son voisin par quelques confidences bien senties. Il envoie même quelques preux chevaliers, tel Hervé de Charrette ou Patrick Devedjian, plaider la cause de l’apaisement et amorcer des rapprochements. Hélas, en pure perte pour l’instant.
Mais jusqu’où Nicolas Sarkozy peut-il accepter que le Premier ministre réclame ainsi son sacrifice ? Jusqu’où le ministre de l’Intérieur peut-il consentir à soutenir l’autorité de Dominique de Villepin au nom de l’UMP ? Ces deux questions sont au cœur des réflexions du « futur éventuel déjà candidat » à l’Elysée. D’autant qu’il se retrouve en quelque sorte otage des deux côtés. Contraint de maintenir l’ordre sans multiplier les tensions. Obligé d’apaiser sans désavouer les raideurs du chef du gouvernement. Empêché de procéder aux expulsions des facultés pour éviter d’aggraver la situation.
Bref, Nicolas Sarkozy est tenu aujourd’hui de travailler à contre-courant de ses pensées comme de ses ambitions. Lui qui rêvait de pouvoir dire « je suis chargé d’un service public et je ne tolèrerai jamais que les usagers soient privés des services que je dois leur assurer », comme l’avait fait en 1934 Georges Mandel, est actuellement contraint de patienter. Et de renier cet autre lui-même, biographe éclairé de l’ancien ministre des PTT.
Désormais Nicolas Sarkozy doit se borner à constater que les lycéens n’ont plus de lycées, que les étudiants quittent les universités bloquées et que, dans les gares, les voyageurs espèrent que leurs déplacements ne seront pas trop perturbés. Comme les syndicats, il attend son heure tout en souhaitant qu’en intervenant plus tard, il ne soit pas… trop tard.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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