Discrètement, presque anonymement, un homme de grande valeur a été décoré, lundi dernier, à L’Elysée, des mains de Jacques Chirac. Et, entre Marie-José Nat et Renaud Muselier, l’une comme l’autre faits simplement Chevaliers, il a rejoint le cercle très fermé, et très contingenté, des Commandeurs de la Légion d’honneur, troisième grade d’une décoration créée par le Premier Consul Bonaparte le 29 Floréal An X. Ainsi 203 ans après la première promotion, ce nouveau dignitaire a reçu son insigne aux dix pointes boutonnées suspendu à une cravate, évitant ainsi le risque d’une piqûre aussi inopinée qu’inopportune au revers du veston. Car, illustre « honneur » supplémentaire fait aux étrangers ne résidant pas en France, il n’aura pas été astreint aux règles de la hiérarchie des grades et dignités de l’Ordre, enjambant d’un seul coup plus de 113.500 légionnaires « ordinaires ».
Le président de la République aura dit de lui ces quelques mots empreints de modestie : « ce grand ami de la France qui a beaucoup investi dans notre pays est aussi un grand mécène ». C’est effectivement le moins que l’on puisse dire pour cet homme de 46 ans, deuxième actionnaire d’euro Disney-Paris et propriétaire notamment des hôtels George V à Paris et le Plaza à New York, qui va dépenser 17 millions d’euros pour financer un tiers du nouveau département des arts de l’Islam du Louvre. Soit le quadruple de la donation de Total.
Ainsi donc, « la croix des braves », imaginée à l’origine pour récompenser non seulement les militaires mais aussi les services et vertus civils, et à constituer « une élite de vivants » comme le disait le général De Gaulle, sert aussi à rétribuer les contributions aux musées.
On reconnaîtra quand même au prince saoudien Al-Walid Ben Talal, neveu du roi Fahd, cinquième fortune du monde, une discrétion tout à son honneur. Il est vrai que, en tant qu’étranger, il a beau en être décoré, il ne peut être « reçus » dans l’Ordre, par une de ces éblouissantes subtilités dont les Français se sont faits une spécialité.
Mais, décidemment, les mécènes ont le vent en poupe puisque le même jour, et pour les mêmes raisons, a été élevé à la dignité de grand Officier de la Légion d’honneur le président de la banque Lazard SAS. Sauf que Bruno Roger, né à Boulogne-Billancourt, pourra toujours dire, lui, qu’il a grimpé chacun des degrés de l’Institution, donc cotisé à tous les… râteliers.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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