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  • : Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur la Communicatio
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Dimanche 30 avril 2006

L’Homme, décidemment, n’est pas prêt de sortir de la barbarie. D’un monde où tout s’achète et où tout se vend. D’un univers où tout se consomme et s’appauvrit. L’individu n’a plus alors que la valeur que chaque société veut bien lui donner. Et c’est parfois surprenant. Il existe ainsi, en France, comme on l’a redécouvert cette semaine, un musée où l’on peut « contempler » un homme empaillé. Par la volonté d’un aristocrate d’hier et la complicité des « démocrates » d’aujourd’hui. Le musée d’Allard de Montbrison, dans la Loire, conserve, dans un cercueil en bois, le corps d’un ouvrier espagnol d’une trentaine d’années. Ni embaumé, ni momifié, ni jadis enterré avec faste et honneur, comme a pu l’être Néfertiti, mais vulgairement empaillé par un taxidermiste parisien, avec ses oripeaux, et jeté entre quatre planches, sans autre forme de respect. Le tout dans le seul but d’assouvir, jadis, la curiosité des visiteurs d’un petit marquis. Et, désormais, celle des amateurs de sensations fortes.

Depuis deux siècles, cet homme, dont on ignore le nom, n’a plus d’identité. On sait seulement qu’il a été accidenté en construisant l’hôtel particulier où il est exposé. Existant à peine comme objet « naturalisé » d’exception, il est ainsi étiqueté au milieu d’une collection d’animaux, entre ours, girafe et une multitude d’oiseaux, et repose caché derrière le couvercle de son cercueil. Anonyme, oublié, dédaigné, méprisé…

Le pire, sans doute, est que personne, aujourd’hui, n’a l’idée de lui donner une sépulture décente, de retrouver son nom et sa mémoire et de lui rendre enfin sa dignité. Et que la France, berceau de toutes les libertés, donneurs de leçons devant l’éternel et le monde entier, n’a pas encore jugé bon de remettre le corps à ses voisins. De rendre ainsi à sa patrie ce ancien prisonnier, selon toute vraisemblance, de la conquête napoléonienne. Triste destin d’un ancien exilé, devenu ouvrier, pour finir empaillé.

Le conservateur du musée, quant à lui, n’a pas d’état d’âme. On lui a demandé de conserver et il « conserve», faisant remarquer au passage qu’il s’agit du « seul européen connu ainsi conservé ». Il a juste l’envie de mieux faire connaître son musée.

De peur, sans doute, d’y être… enterré.

par le blog-notes de Jean-Paul Busnel publié dans : jpbusnel
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