Le CPE l’avait fragilisé, l’affaire Clearstream l’aura vaincu. Car, quoiqu’il fasse désormais, Dominique de Villepin n’existe plus. Quoiqu’il dise, il sera l’objet de tous les soupçons. Homme de l’ombre, la lumière lui aura été fatale et l’aura paré de toutes les mauvaises intentions. Aujourd’hui, il n’a même plus vocation à protéger le Président. Le pare-feu est éventé. L’anti-virus est contourné. Jacques Chirac est, à son tour, attaqué et, dès lors, s’interroge sur la stratégie à adopter. Le chef de l’Etat croyait bien, pourtant, que son poulain déjouerait la tradition qui veut que, bien souvent, le poste de Premier ministre soit frappé de malédiction.
L’avenir est donc en forme de point d’interrogation en ce nouveau mois de mai qui n’est pas seulement celui du muguet. Car c’est le mois de tous les dangers. De tous les honneurs et de toutes les déceptions. Les Premiers ministres y furent souvent à la fête, au sens propre comme au figuré. C’est ainsi que Jacques Chirac fut nommé à ce poste convoité, pour la première fois, un certain 27 mai 1974. Il récidiva, bien sûr, en 1986, mais cela ne compte pas car c’était en… mars. Pierre Mauroy devint, lui aussi, chef du gouvernement le 21 mai 1981. Michel Rocard dût, pour sa part, attendre le 10 mai 1988 pour s’installer rue de Varenne. Edith Cresson, quant à elle, fut nommée Premier ministre le 15 mai 1990. Alain Juppé s’installa à Matignon le 17 mai 1995, Jean-Pierre Raffarin le 6 mai 2002 et Dominique de Villepin le 31 mai 2005.
Mais ce mois de mai est aussi celui des désillusions sans grande cérémonie. Alain Messmer y rendit tristement les clés de Matignon après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing. Raymond Barre y passa doctement le relais à Pierre Mauroy dans la fièvre de l’élection de François Mitterrand. Jacques Chirac dut se résoudre, pour la seconde fois, à quitter les lieux en 1988 et à céder rapidement la place à Michel Rocard, sans pour autant prendre le chemin de l’Elysée. Mais Michel Rocard n’en profitera pas longtemps. Edouard Balladur subit, quant à lui, la même mésaventure que Chirac en 1988 et quitta Matignon en 1995 avec un regard de côté pour Alain Juppé et pour l’Elysée. Enfin, Lionel Jospin connut la même humiliation en 2002 quand il céda la place à Jean-Pierre Raffarin qui, pour sa part, épuisé et décrié, ne fut pas mécontent de laisser la place, l’an dernier, à Dominique de Villepin.
Finalement, seul, le Président réussit par deux fois à déjouer la malédiction de Matignon. A moins qu’il ne l’ait emporté à… l’Elysée.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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