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  • : Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur la Communicatio
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Samedi 27 mai 2006

Que dire d’intelligent après la mort inexpliquée, hier, d’un grand capitaine d’industrie ? Rien, sinon qu’elle fragilise, à un mauvais moment, un pan entier de notre économie. Car Michelin, certes en bonne santé, fait face à de nouveaux défis bien plus importants que ne le laissent paraître sa seule participation en Formule 1 ou l’énoncé de ses 130.000 employés de par le monde. Le manufacturier cherche en effet comment le développement durable pourrait favoriser sa croissance, à l’heure de la concurrence sauvage, avec les pays d’Asie en particulier, de l’augmentation des prix des matières premières et du ralentissement conjoncturel de la demande.

Le jeune patron venait d’ailleurs d’annoncer, en début de mois, lors de l’assemblée générale du groupe, que les résultats 2006 seraient difficiles à atteindre compte tenu d’une marge de manœuvre se réduisant. Cette petite phrase en langue de bois, mais mondialement traduite, avait aussitôt fait plonger le cours de actions de plus de 8%. L’industriel était ainsi, préférant nommer les difficultés que les cacher. Bien loin de l’image paternaliste de son père, il n’en cultivait pas moins, avec lui, le goût du secret sur ses intentions chiffrées. On savait seulement qu’il cherchait de nouvelles implantations géographiques, notamment dans les pays émergents, et ambitionnait de développer encore les segments d’activité.

« Grossir toujours », à l’image du Bibendum qui avait fait sa gloire et son image, pour ne pas s’endormir et disparaître. Bref, tout le contraire d’une vie rangée pour cet homme qui aimait relever les paris les plus fous, comme celui, par exemple, d’équiper les nouveaux Airbus A 380 avec des pneus radiaux, 15% plus légers que les pneus conventionnels et d’autant plus « économiques ».

Mais, à l’heure de sa mort, on retiendra surtout d’Edouard Michelin qu’il aura su bouleverser les relations humaines et redonner aux hommes de son entreprise droit de parole et dialogue social. Ce passionné de chants grégoriens et de rugby était, en fait, un mélange de tradition et de modernité. Mort trop tôt, à 43 ans, dans une société où les statuts « imposent » aux cogérants de rester jusqu’à 72 ans, il laisse tout le monde désemparé. Et, autant dire tout de suite que le passage de témoin à Michel Rollier, âgé d’à peine 61 ans, ne sera pas des plus aisés. Michelin passe en effet des mains d’un pur manufacturier à celles d’un ancien fabricant de papier. D’un Clermontois bien né à un originaire d’Annecy. D’une descendance familiale à un « corps étranger ».

Aussi, et par la faute d’une pêche au bar au Cap Horn des Bretons, l’avenir de Michelin n’est plus aujourd’hui seulement industriel, mais, d’abord, affaire de… succession.

par le blog-notes de Jean-Paul Busnel publié dans : jpbusnel
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