L’information est trop troublante pour ne pas susciter quelques interrogations. Le co-président d’EADS, Noël Forgeard, a en effet vendu pour 2,5 millions d’euros de ses stock-options de l’entreprise, au mois de mars dernier. Et, dans le même temps, voire au même moment, trois de ses enfants ont cédé 42.666 actions EADS au prix moyen de 32,82 euros l’action, ce qui fait un joli « paquet » de 1,4 millions d’euros. La coïncidence est trop criante, là aussi, pour ne pas susciter quelque émotion. D’autant que, toujours au mois de mars, d’autres dirigeants d’EADS, l’un chargé du département Espace, l’autre du marketing et de la stratégie, ont cédé eux aussi quelques milliers d’actions. A croire qu’ils avaient tous un besoin pressant d’argent à satisfaire, une dette de jeux à honorer ou une chaumière à restaurer. Mais l’histoire serait, somme toute, passé inaperçue si l’action EADS n’avait pas perdu, hier, 26% de sa valeur en bourse. Le cours, déjà fragilisé par le mauvais positionnement de l’Airbus A-350, n’a pas résisté à l’annonce des retards de livraison de l’A-380 avec, en perspective, de forts dédommagements à verser aux compagnies clientes.
Autant dire que la famille Forgeard a été fort bien inspirée de vendre « au son du clairon », il y a un peu plus de deux mois, pour éviter de perdre gros, hier, « au son du canon ». Mais, déjà, de forts mauvaises langues hument dans cette affaire comme un parfum de délit d’initié. A tel point qu’un porte-parole du groupe a jugé bon de préciser que les co-présidents d’EADS « n’avaient pas d’informations spécifiques sur le sujet », à savoir la mévente du concepts A-350 et les nouveaux retards de l’A-380. On veut bien l’entendre, mais on a du mal à croire que l’industriel n’aît pas été tenu au courant des problèmes de son entreprise et de l’éventualité de nouveaux délais de livraisons à imposer à ses clients.
Cette affaire, dont l’autorité des marchés financiers (AMF) s’est faite l’écho, mais dont la justice n’a pas encore été saisie, pose, une nouvelle fois, la question de « l’information » boursière et de la confidentialité. Faudra-t-il un jour arriver à interdire l’achat d’actions d’une entreprise, ou la vente des stocks-options, par ses cadres dirigeants et leur famille pour être assuré, sinon de leur bonne foi, au moins de leur impossibilité de spéculer ? De la même manière que l’on interdit aux familles des employés de participer aux concours organisés par leur société. Ce ne serait, certes, pas une garantie d’honnêteté, mais ce serait au moins une précaution contre les… tentations.
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
Commentaires