Quatre journalistes font l’objet d’une plainte de Dominique de Villepin pour « diffamation envers un membre du gouvernement ». Leurs trois livres, à savoir « Clearstream, l’enquête », « Règlements de comptes pour l’Elysée » et « Le complot des Paranos » n’avaient pourtant pas besoin d’une telle publicité. Mais on va désormais se… les arracher. Non pas tant d’ailleurs pour mieux comprendre l’histoire des comptes et mécomptes de cette étrange chambre luxembourgeoise de compensation, mais pour savoir quels sont les petits secrets qui ont pu irriter Matignon. Au point de lui faire perdre son calme et d’appeler à sa rescousse une loi presque oubliée du 29 juillet 1881.
Mais, contrairement à ce que semble penser le chef du gouvernement, cette plainte ne risque pas de renforcer sa crédibilité. Elle ne constitue pas, en tout cas, aux yeux des Français, une présomption d’innocence. D’autant que cette procédure ne lui coûte rien puisque, engagée au nom de l’Etat, elle sera entièrement payée par le contribuable. Enfin, l’effet d’annonce apparaît bien souvent désastreux quand il est sélectif. Or il épargne, par on ne sait quel miracle, Franz-Olivier Giesbert dont l’ouvrage n’est pourtant pas tendre avec l’hôte de Matignon qu’il décrit comme un être suffisant, prétentieux et arrogant. Le directeur du « Point » livre par ailleurs à la sagacité de ses lecteurs nombre de citations à l’emporte-pièce du personnage. Qui ne le « grandissent » pas, loin de là.
Dominique de Villepin prend donc le risque d’étaler encore plus sur la place publique toutes les dérives de comportement dont on l’accuse. Un tel procès, s’il a lieu, provoquera en effet inévitablement des effets de manche et des plaidoiries, des témoignages et des commérages. Et l’ensemble, à défaut d’être retransmis en direct à la télévision, suscitera de larges commentaires. Nul n’étant avare en contradictions, chacun sera ainsi « éclaboussé », le chef du gouvernement en premier.
A quelques mois d’une élection présidentielle délicate, l’on peut s’interroger sur cette attitude du Premier ministre. Car, s’il avait voulu se « suicider » politiquement, il n’aurait pas choisi meilleure stratégie. Ce n’est pas la première de ses erreurs. La liste est déjà longue, qui va de la dissolution de l’Assemblée à l’adoption du CPE. Mais le plus terrible dans cette histoire, c’est qu’en voulant se défendre, il ne s’est pas rendu compte qu’il s’était encore, et pour longtemps, désigné pour… cible.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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