Trois pas en avant, trois pas en arrière... C’est un peu ce qui caractérise la politique de la France au Proche-Orient depuis une vingtaine d’années. Il est vrai que la situation est délicate et que les pièges tendus ne manquent pas. Ainsi, Paris a dû avoir des sueurs froides quand la ministre des Affaires Etrangères d’Israël a déclaré officiellement, cette semaine, qu’il acceptait que la France soit le fer de lance d’une force internationale au sud-Liban et qu’elle profite de ses bonnes relations avec le pays pour aider à désarmer le Hezbollah. Autant dire « mission suicide », car le groupe terroriste et son chef Hassan Nasrallah n’ont que faire de l’emblème tricolore de nos armées.
On comprend mieux alors pourquoi Jacques Chirac a enfoncé le clou, hier, lors d’un entretien téléphonique avec Tony Blair, savamment rendu public. Le chef de l’Etat a, en effet, signifié à son allié qu’il ne serait pas question de force internationale au Liban sans accord politique « préalable » entre les parties. Les militaires français peuvent donc ranger leurs fusils et leurs gilets pare-balles car on voit mal comment les parties, quelles parties d’ailleurs, pourraient signer un quelconque « accord politique ». Le Liban n’a aucun pouvoir de persuasion ou de coercition auprès des miliciens chiites et ne peut donc signer quoi que ce soi d’efficace. Quant au Hezbollah, il ne voudra en aucun cas parapher un accord signifiant sa… disparition armée. D’autant plus qu’il fait preuve, depuis le début de la crise, d’une détermination et d’une préparation à toute épreuve.
En fait, le Président français exprime une idée globalement partagée en Europe, sauf peut-être par la Grande-Bretagne, selon laquelle il est possible de vaincre, tel Fanfan la tulipe, la fleur au fusil. Avec des éclairs pleins les yeux, des phrases tonitruantes, des envolées chevaleresques et « la force de dissuasion » en bandoulière. Mais pas question de mettre la main dans le « cambouis ». Jacques Chirac, inquiet peut-être des déclarations ampoulées et ambiguës de Philippe Douste-Blazy et du silence embarrassé de Michèle Alliot-Marie, a donc repris le dossier en main pour définir clairement les limites de l’engagement de la France. Pas fou, certes, mais pas glorieux non plus.
Pour résumer, la France aimerait bien, là encore, que les Américain fassent le sale boulot et elle est tout prête à les y encourager, mardi, devant le Conseil de Sécurité. Un pour tous et… tous pour "un".
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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