Le troisième homme ! Celui du secours ou du recours. Quel leader politique n’a pas eu, un jour, cette envie de brouiller ainsi les cartes ou même d’incarner cette solution ! Qu’il soit manipulateur ou manipulé, la jouissance de l’homme ainsi désigné ne doit bien souvent avoir d’égale que l’ambition qui le porte. Et cette tentation de tous les âges, de tous les temps et de toutes les époques transcende tous les camps. Hier à gauche, aujourd’hui à droite, il n’est de parti à l’abri quand nul ne se détache vraiment, quand personne n’incarne l’adhésion de tous ou la raison du plus grand nombre. Quand, surtout, les caciques voient le pouvoir leur échapper sans aucun moyen de le contrôler.
François Mitterrand aimait ces différends qui déchiraient les siens. Il se plaisait à opposer chiens et chats, courants et contre-courants, flattant tour à tour ses ministres pour désarmer complots en devenir et « Brutus » en puissance. Jacques Chirac en rêvait, lui aussi, sans trop y parvenir. « Orphelin » d’un Villepin qu’il croyait son dauphin, apparemment résigné à adouber ce Sarkozy auquel il n’a jamais pardonné, le chef de l’Etat espérait encore. Et c’est désormais comme une « bénédiction » qu’il attend venue de Bordeaux. Car, aujourd’hui, en Aquitaine, bruisse comme un souffle de sirocco qui se serait trompé de continent. L’homme du tramway est de retour et réclame toute sa place sur les rails du pouvoir. Le « banni » pour « emplois fictifs » a purgé sa peine et son amertume et repris racines et appartement depuis le mois de mai dernier. Il a même assisté aux deux premiers matchs des Girondins.
Ce matin, la majorité municipale tient réunion à huis clos. Hugues Martin doit désormais respecter la parole donnée à Alain Juppé, ce pacte secret qui l’a fait « roi », mais aussi remplaçant. La démission collective est à l’ordre du jour. A croire que le temps presse un an et demi avant l’échéance. Qu’il faut de toute urgence remettre le pied à l’étrier et redonner, par des élections municipales anticipées, toute sa légitimité à un homme qui n’a jamais démérité.
La politique française a ainsi de ces résurrections qui sentent le « coup monté ». Car si Alain Juppé a trompé sa « tentation de Venise » avec les trottoirs de Montréal, on ne peut pas croire un instant que ce soit seulement pour la tentation… de Bordeaux.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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