Philippe Douste-Blazy a sans doute encore perdu, hier, une occasion de se taire. Et ce par deux fois. Car, non seulement, le ministre français des Affaires Etrangères s’est laissé prendre au petit jeu de la provocation du président iranien, mais il a aussi déclaré qu’il « n’était pas souhaitable de parler » avec la Syrie.
S’il était, certes, logique qu’il condamne les propos de Mahmoud Ahmadinejad, qui a prôné une nouvelle fois la destruction d’Israël, il n’avait pas en effet besoin d’en rajouter. Et notamment d’estimer publiquement que l’Iran pouvait jouer « un rôle positif et stabilisateur » dans la région. A moins de réécrire l’histoire Perse, faite de bruits, de massacres, de fureurs et de despotes, d’oublier la terrible et cruelle « Savak » du Chah Reza Pahlavi, la répression des années 1977 et 1978, l’avènement des « mollah » et, plus près de nous, le scandale de l’Irangate, on pourrait rêver mieux question « stabilisation ». Enfin, estimer qu’il faut inlassablement, « jusqu’au dernier moment, jusqu’au 22 août » parler avec l’Iran, pour éviter que le pays ne poursuive son enrichissement d’uranium à des fins militaires, et, dans le même temps, affirmer qu’il faut se taire avec la Syrie, confine à la faute diplomatique plus qu’à la bêtise politique. On voit mal en effet pourquoi Bachar Al-Assad serait moins fréquentable qu’Ahmadinejad. D’autant qu’ils marchent tous deux main dans la main en ce qui concerne les fournitures d’armes au Hezbollah et la poursuite du chaos en Irak.
Il suffit en outre de prendre une carte de cette partie du monde pour avoir une idée plus complète de l’incongruité du propos. Car non seulement la Syrie « encadre » très largement le Liban du nord au sud, mais elle a une frontière commune avec Israël, par delà le Golan de sinistre mémoire. Bref, vouloir régler les problèmes du Liban en ignorant la Syrie, ou même sans lui parler, c’est comme vouloir s’intéresser au Portugal en boudant… l’Espagne.
Quant à prendre prétexte de l’assassinat de Rafic Hariri et de l’enquête internationale en cours pour ignorer Damas, cela relève d’une « puérilité » sentimentale inappropriée à l’heure où l’ONU a besoin de toutes ses « forces » pour convaincre les parties à un cessez-le-feu immédiat. Une telle attitude risque en tout cas de disqualifier la France qui fut, jadis, la première puissance occidentale à s’implanter au Proche-Orient, mais aussi la première expulsée avant de retrouver quelque prestige avec le général De Gaulle. Ce dernier estimait en effet qu’il fallait maintenir le dialogue avec tous les protagonistes d’un conflit et il avait transformé cette résolution en tradition républicaine. Du moins jusqu’ici. L’Allemagne et l’Espagne, pour leur part, n’ont pas les mêmes « pudeurs ». Heureusement pour l’Europe et pour… le Liban.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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