« La vérité doit s’inspirer de la pratique. C’est par la pratique que l’on conçoit la vérité. Il faut corriger la vérité d’après la pratique ». Mao Tsé Toung ne croyait pas si bien dire ! Car si l’on en croit la pratique, c’est-à-dire la réalité de ce qui s’est passé, hier, en Chine, la « vérité » reviendrait à déplorer que le « Grand timonier » n’ait jamais existé. Ou si peu. Trente ans après sa mort, la Chine officielle s’est en effet endormie dans son souvenir, comme s’il ne fallait pas réveiller une Révolution culturelle qui dort encore. Des milliers de Chinois ont certes fait la queue, hier, au Mausolée de Pékin pour entrevoir le corps embaumé, mais la police avait aussi « cerné » la place Tian An Men pour éviter toute manifestation.
Des millions de paysans pauvres cultivent toujours l’adoration de Mao, qui se préoccupait de leur sort, mais la Chine « nouvelle », qui s’ouvre chaque jour, et de plus en plus, au matérialisme, ne s’embarrasse plus de son image. Et la télévision d’Etat n’en a fait, hier, aucune mention.
Mao n’est plus un guide officiel, mais toujours une menace, celle des famines, des purges et du chaos sanglant, qui permet seulement au parti communiste chinois de garder le contrôle du pays.
Malgré toutes ses erreurs, Mao reste pourtant incontournable dans le cœur de nombreux Chinois. Malgré des millions de morts, Mao symbolise toujours le mythe de l’égalité sociale tandis que, aujourd’hui, une minorité de population s’enrichit sur le dos de la majorité et que des millions de chômeurs traînent dans les rues. Alors, s’il n’est pas question de le célébrer ou de réveiller de vieux démons, il n’est pas non plus vraiment toléré de le critiquer.
Mao est un souvenir à double tranchant, rouge comme le sang de ses martyrs et jaune rayonnant comme tout héros patriotique. D’autant qu’il avait prédit la situation du monde d’aujourd’hui quand il affirmait que la politique était « une guerre sans effusion de sang et la guerre, une politique sanglante ».
Mais, alors que la Chine laisse désormais de coté les plus vulnérables, d’aucuns aimeraient bien que l’on se souvienne d’une époque ressentie comme « plus juste ». Que l’on se rappelle d’une révolution au milieu de laquelle ce natif de Shaoshan, dans la province du Hunan, affirmait : « la bouse de vache est plus utile que les dogmes. On peut en faire de… l’engrais ».
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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