Le sujet est certes délicat. Mais il n’est pas non plus à l’honneur d’un pays réputé pour son bon vivre, sa richesse et sa légendaire neutralité. La réalité est pourtant là, crue et sans appel. La Suisse a décidé, depuis hier, de fermer progressivement sa porte aux étrangers non européens et définitivement à tous les sans-papiers de la terre, ainsi que de réserver ses emplois en priorité à ses nationaux ou à ceux des pays voisins. Les scores de ce référendum ne font même pas discussion puisque 68% des Suisses se sont prononcés pour plus de sévérité sur l’immigration et 67,8% se sont déclarés favorables au durcissement des conditions d’accès au droit d’asile.
Ce triomphe dans tous les cantons de que l’on appelle, du nom du président de l’Union démocratique du Centre (UDC), les « lois Blocher » ne doit rien au hasard. Cela fait désormais quinze ans que les électeurs sont régulièrement appelés à se prononcer sur des lois plus restrictives de liberté en ce qui concerne les étrangers. Et ce n’est pas fini puisque l’UDC prévoit désormais de s’attaquer aux abus de « naturalisation », exigeant au préalable que les candidats au passeport suisse reconnaissent « sans réserve » la Constitution et « l’ordre juridique » de la Confédération helvétique. Avec cette ultime précision selon laquelle cette exigence « vaut notamment pour les musulmans candidats à la naturalisation », alors qu’elle les concerne surtout.
La Suisse, petit pays de près de 8 millions d’habitants, dont 21% d’étrangers, serait-elle donc devenue xénophobe ? Pour la plupart des observateurs, la réponse est négative, mais le peuple aurait décidé une fois pour toutes de mettre fin aux « abus », quatre lettres qui furent d’ailleurs un slogan de campagne. Ce vote montre en tout cas le grand décalage existant désormais entre la majeure partie des élites intellectuelles, culturelles et religieuses, tous les médias romands, mobilisés contre les lois, et la nation. Quant à l’explication d’un juriste à l’Organisation d’aide aux réfugiés, selon laquelle « le peuple préfère d’abord serrer la vis, quitte à se montrer plus ouvert par la suite », elle n’est guère convaincante. Car ce vote prouve surtout que les « peurs » de l’opinion publique suisse l’ont libérée de ses choix partisans. Cette dernière est désormais en quête d’autorité et de repères. Ici comme ailleurs. Au regard d’une actualité que plus personne ne maîtrise et d’un avenir que tout un chacun… redoute.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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