Veillée « d’armes » ? on peut se le demander à la lecture et à la relecture du palmarès du journal « Le Point » sur la violence à l’école, en ce dernier jour de vacances scolaires. Demain, ce serait donc l’entrée dans la « fosse aux lions » pour un certain nombre de nos chères têtes blondes. Et rien que d’y penser rend déjà l’idée insupportable. Contrairement au ministre Gilles de Robien et aux syndicats, on se doit d’être plus ulcéré par les résultats de l’enquête que par sa publication. Car le scandale n’est pas tant la stigmatisation de tel ou tel collège que la négation corporatiste de l’ampleur du problème. L’autisme du ministère, ou de l’administration, qui cachait les résultats de l’enquête, et les protestations de quelques vierges outragées ne servent pas la République. Bien au contraire, ils confirment l’incapacité de milliers de femmes et d’hommes à assumer leurs responsabilités. A tous les échelons, de l’enseignement primaire jusqu’au supérieur, de l’instituteur jusqu’au recteur, des parents d’élèves jusqu’aux fédérations.
« Ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre » serait donc la nouvelle devise républicaine, mieux que « liberté, égalité, fraternité » ! Il est sûr qu’une telle publication ne fait pas plaisir. Il est certain aussi que le système « signa » ne recense que les faits ayant fait l’objet d’un signalement à la police, la justice ou aux services sociaux. Il est également évident que ce « palmarès » repose avant tout sur la bonne volonté des chefs d’établissements qui, selon leur degré de rigueur, trouvent opportun ou non de « renseigner » la base de données. Mais peu importe ! La réalité est là, ni virtuelle, ni exagérée. Et affirmer, comme l’a fait, jeudi dernier, le ministre de l’Education, que le classement des lycées et collèges les plus violents n’était « pas très pertinent » car il ne prenait pas en compte le nombre d’élèves par établissement est d’une « stupidité » exemplaire. Il est en effet peu important qu’un élève ou un professeur soit « statistiquement » moins en danger ici qu’ailleurs si « ici » quelques meneurs instaurent une telle politique de terreur que plus personne ne peut maîtriser. Dès lors, la vision comptable de Gilles de Robien apparaît, dans ce domaine, affligeante et ignorante, inhumaine et technocratique.
« Cachez ce sein que je ne saurai voir ». La réalité scolaire est moins jolie… à voir. Mais l’important n’est pas tant l’honneur « outragé » de quelques personnels enseignants que l’horreur « camouflée » des victimes. Aujourd’hui, au moins, plus personne ne pourra dire… demain qu’il ne savait pas.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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