A quoi pense donc le chef de l’Etat quand il déclare dans « Le Figaro » d’aujourd’hui que « tout est possible » pour la Présidentielle de 2007 ? A quelle nouvelle stratégie perverse se livre Jacques Chirac quand il se pose en arbitre du gaullisme et en donneur de leçons sur « l’esprit d’unité et de rassemblement » ? La veille d’un scrutin révèle toujours d’étranges tempéraments et efface bien des mémoires. Il est ainsi étonnant de voir combien d’hommes d’Etat « dissimulent », une fois tous les cinq ou sept ans, de sombres Machiavels. S’ingéniant à dresser les uns contre les autres, à diviser pour mieux régner, à semer le doute ou la rumeur et à s’auto-décerner des brevets de bonne gouvernance ou de moralité. C’est aussi tout le pari de la politique d’aujourd’hui qui consiste à savoir mentir à bon escient et à flatter éternellement courtisans et anciens combattants.
On en avait déjà eu l’illustration en d’autres temps, quand la gauche faisait programme commun et que son Président se défendait de toute compromission. Quand il était à l’écoute « téléphonique » de tous les Français et jurait sur le coeur qu’il était innocent. On en a encore aujourd’hui la parfaite démonstration quand il n’est pas une semaine qui ne nous plonge dans les abîmes profonds de la « Chiraquie », avec fonds secrets et petites économies. Le tout caché par de grandes idées et de pompeuses déclarations.
Car le « pouvoir » exige de ses laudateurs, comme de ses serviteurs, quelques sacrifices. Il impose de rappeler périodiquement aux électeurs que l’on existe. Et que l’on est à la « source » de toutes les améliorations. Aujourd’hui, le président de République, en parfait marionnettiste, entend bien montrer qu’il détient tous les fils de « la » solution, qu’il ne s’est pas passé un instant, durant son voyage en Chine, où il n’ait pensé à la France et que la nouvelle baisse du chômage ne tient pas de « l’opération du Saint-Esprit » . Il a ainsi délivré satisfecit et compliments, encouragements et avertissements.
Jacques Chirac applique à la France et aux Français de vieilles recettes qui ont fait leurs preuves. Avec, en conclusion, cette boutade qui n’en est pas une : « je souhaite que la majorité garde à l’esprit le vieux principe selon lequel l’union fait la force, et qu’elle agisse en conséquence ». Histoire peut-être de rappeler que les principes sont, pour lui, toujours d’actualité quand ils s’adressent… aux autres.
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Lula a encore gagné et le Brésil a réélu massivement son ancien ouvrier métallurgiste devenu Président. Pourtant, depuis 2002, le pays n’a pas vraiment changé. La corruption fait toujours rage et la croissance n’a pas vraiment décollé malgré une excellente année 2004. Luiz Inacio Lula da Silva a, pour l’instant, échoué dans son programme de réforme. Mais il a su, habilement, lors de son mandat et de cette campagne, jouer sur les peurs de l’avenir, surfer sur cette crainte du chômage et de remise en cause du programme « Bourse famille », initialement appelé « Faim zéro », qui profite à 11 millions de familles démunies. Le président Lula a finalement été réélu par la misère des gens, par tous ceux qu’il a « sauvé » grâce à l’augmentation significative des prestations sociales. Et c’est déjà pas si mal.
L’actualité aurait dû être, ce matin, de ne parler que de la course du Rhum. De ces fantastiques voiliers qui, aujourd’hui alignés pour le départ, rêvent tous de s’envoler vers la victoire. A contre-courant de la vie et de la fureur, parfois, des océans. La marine à voile nous ramène ainsi, périodiquement, à l’« essentiel » de l’homme qui doit compter avec les éléments, dompter éternellement sa peur et ses angoisses, dominer ses crises de découragement et suivre sa route au fil du temps. Mais l’actualité est en deuil. En deuil d’amour et de légèreté. Elle s’est déplacée tristement d’un port à l’autre, d’un univers de beauté à un vulgaire rond-point de quartier, quittant Saint-Malo pour Marseille et la lumière pour les ténèbres. Tout cela parce qu’une poignée d’imbéciles, toujours la même et « clonée » désormais par milliers sur tout le territoire, a encore voulu jouer avec l’impunité de l’air du temps
Il est, heureusement, des évènements pour nous sortir de la morosité hexagonale. Pour nous extraire des bus de banlieues et nous distraire des jurys populaires. Le salon du chocolat est de ceux-là. Annuel et de bon goût, il célèbre depuis douze ans la finesse des artisans de toutes les couleurs et de tous les pays. Aujourd’hui, pour l’inauguration, près de 400 « experts » venus d’Allemagne, de Belgique, du Canada, du Japon, de Syrie et d’ailleurs, vont présenter leur « richesse » au monde entier. Et c’est de l’or en barre. Qu’il soit noir ou blanc, café au lait, fourré ou délicieusement truffé, le chocolat abolit les frontières et satisfait tous les palais. Il réconcilie frères ennemis, produit national brut et exportations. En apparence, parfois, car il aiguise aussi les appétits et provoque des guerres des prix. On meurt encore dans le monde pour le cacao, comme en Côte d’ivoire ou au Venezuela.
- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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