Pascal Clément joue sur les mots plus sûrement que sur les projets de réforme de la Justice dont il a la charge. Et si, hier soir, sur France Info, il a « juré-craché » qu’il n’avait jamais dit vendredi qu’il retirait le texte sur la responsabilité des juges, il en a suffisamment donné l’impression pendant deux jours et un discours pour ne pas passer aujourd’hui pour un vulgaire « parjure ». Car lorsque l’on annonce que, sur ce point précis, « la réflexion va se poursuivre », c’est bien pour dire que le texte n’est pas mûr et ne sera pas présenté, trois jours après, en Conseil des ministres.
Il est triste de voir ainsi un Garde des Sceaux, ancien avocat de surcroît, se mélanger les « pinceaux ». Au point de se trahir deux fois ou de se tromper de lecture de ses propres déclarations. Au point de se mentir à lui-même et de faire que le Premier ministre s’en mêle. Au point d’avoir laissé dire sans réagir, au Congrès de l’Union Syndicale des Magistrats, à Caen, que la commission d’enquête parlementaire sur le désastre d’Outreau avait été « une commission spéciale d’instruction disciplinaire ». Au point enfin d’avoir « consenti », car qui ne dit mot consent, à entendre que les magistrats avaient été, dans cette affaire, des « coupables à tout prix », de « la chair à canon médiatique pour artilleurs populistes et démagogues ». Alors que des « innocents », des vrais cette fois, ont payé de leur temps, et, pour l’un d’entre eux, de sa vie, les errements procéduriers et bornés de quelques représentants d’une corporation qui ne veut rendre de comptes à personne. Et que d’autres, tel le juge Burgaud, ont bénéficié, dans un premier temps, d’une… promotion.
Il y aurait ainsi des hommes au-dessus des lois, « intouchables » de droit divin, qui peuvent briser la vie des autres sans être « responsables ». Il existerait ainsi une sorte de caste de grands prêtres, en robes longues et gants blancs, qui ne serait soumis qu’au jugement de Dieu. Avec, en prime, un Garde des Sceaux qui ne pourrait s’y opposer. Et qui, pour cause de campagne électorale, renoncerait à une réforme qui s’impose déjà depuis la nuit des temps.
La modification du Conseil supérieur de la Magistrature s’impose. Tout comme l’élargissement de la responsabilités des magistrats. Et pas seulement depuis qu’un juge du tribunal de Grande instance d’Angoulême se soit fait surprendre en train de se masturber en pleine audience, le 15 octobre 2003. Pas uniquement parce que ce magistrat a été exempt de toute sanction ou révocation en raison de son « absence de discernement et de contrôle de ses actes ». Mais parce que l’on sait au moins, depuis ce jour-là, qu’un jury « collégial » ne peut toujours qu’absoudre et jamais… juger.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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