Avec « Aubade » qui s’exile en Tunisie, c’est tout un pan de l’exception française qui quitte le pays. Ce ne sont pas seulement des soutiens-gorge pigeonnants, des brassières affriolantes, des mousses de dentelle, des galbes à damner des « saints », ni même des dessous chic, ce sont aussi des « monuments » d’audace, des collections de « savoir-faire » et des caresses de sensualité qui s’envolent de France pour toujours.
Car la Chine est passée par là. Encore une fois. Quant aux Françaises, elles ne font plus assez la différence entre la dentelle de Calais et le « crochet » de Canton, entre le tulle de Saint-Junien et le tissu nankinois pour s’en apercevoir. Aujourd’hui, plus de la moitié des sous-vêtements vendus en France est chinoise. Désormais, dans la majorité des alcôves, on se déshabille asiatique. On s’effeuille « mandarin » ou on se réveille byzantin. Même Bridget Jones n’est pas épargnée et il n’est pas sûr que sa célèbre culotte fut « brevetée » du meilleur façonnier. Mais, pire encore, demain, de Paris à Montpellier, via Limoges et Albertville, et de New York à Tokyo, on se plongera dans un érotisme fabriqué à Pékin ou surpiqué tunisien. Le haut de gamme et le luxe s’afficheront certes toujours « parisien » par la seule « magie » d’une étiquette, d’un bouton bien placé, d’un lien finement tressé ou d’une boucle savamment dessinée, mais l’essentiel, la courbe et l’échancrure, la profondeur et le profilé viendront d’ailleurs.
Avec le départ d’Aubade, ce sont 180 emplois et un site entier qui vont être supprimés dans la Vienne. Chantelle et Simone Pérèle sont, elles, déjà parties. Tout comme Barbara et quelques autres. Seuls restent chez nous, heureusement, les dessinateurs des fabricants, les créateurs de rêves, nos « inventeurs » de nuits câlines et d’ensembles séduisants. Mais, à force de laisser ainsi l’Orient déshabiller la France, on peut se demander pour… combien de temps.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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