30 jours ! Les avocats de Saddam Hussein disposent, à partir d’aujourd’hui, de trente jours pour convaincre la juridiction d’appel de modifier la sentence et sauver la tête de leur encombrant client. C’est bien peu quand tout le monde, d’orient en occident, à quelques rares exceptions près, réclame « le » châtiment exemplaire. Les uns pour se venger des humiliations quotidiennes, de l’invasion du Koweït, d’un régime de terreur qui utilisait la torture comme banale procédure. Les autres pour exorciser tous ces vieux démons qui les ont poussé à faire la guerre, pour « excuser » ce manque criant d’armes de destruction massive qui leur ont servi d’alibis et, enfin, pour atténuer cette tenace odeur de pétrole qui flotte continuellement sur le Golfe.
Pour l’honneur de tous, il vaudrait mieux que le dictateur de Bagdad obtienne un semblant gain de cause. Que la commission d’appel trouve, parmi les milliers d’irrégularités constatées, quelques « virgules » qui manquent au dossier et qu’il soit rejugé puis, de nouveau, condamné. Car, pour sauver la « farce », il faudrait épuiser toutes les voies de recours pour enfin se convaincre, de guerre lasse, que, seule, une exécution capitale permettra au pays de tourner la page.
Mais que l’on ne se trompe pas ! Ce n’est pas en supprimant le bourreau que l’on rétablira la paix assassinée dans cette région du monde ! Saddam Hussein, quoique l’on en dise, n’a jamais été le « chaînon manquant » qui poussait Sunnites et Chiites à s’entretuer. Avec lui, disparaîtra sans doute une certaine forme cruelle et sanglante de nationalisme. Mais pour laisser place à quoi ? A un féodalisme qui exécute à tout bout de champ, sacrifie femmes et enfants et tente de se justifier à chaque prière du vendredi ? A un confessionnalisme d’un autre âge où l’on assassine sans pitié ni remords ceux qui n’ont pas la même foi pour les « convertir » et leur assurer un paradis éternel ? Sans doute les deux à la fois. Car l’image des Talibans, jadis encensés, en Afghanistan, hante notre sommeil plus sûrement désormais qu’un Saddam Hussein. Mais il était écrit que l’Irak, pays recréé de toutes pièces par les Britanniques après la première guerre mondiale, retournerait à ses origines abbâssides. Sauf que, à cette époque, cette autre dynastie des califes arabes, qui avait détrôné les Omeyyades, avait aussi fait de Bagdad un brillant centre de… civilisation.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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