Ségolène Royal se dévoile peu à peu, au gré de ses déplacements en province et dans les départements. Toujours avec pudeur, certes, mais sans retenue, ni concessions. Et, au fil des jours, il apparaît que la candidate a bien l’intention de frapper les imaginations en reniant la langue de bois. Son « ordre juste » ayant laissé les commentateurs et futurs électeurs un peu sur leur faim, elle est entrée, hier soir, en Seine Saint-Denis, un peu plus dans le vif du débat. Critiquant Nicolas Sarkozy pour son « impuissance » en matière de sécurité, elle a exigé « beaucoup plus » de fermeté. Mais, comme si cela ne suffisait pas, elle a détaillé ses propos, prônant une école des parents obligatoire pour les familles « dépassées » et un internat musclé « de proximité » pour les gamins « qui pourrissent la totalité d’un établissement scolaire ». Elle a également réclamé l’invention de « systèmes massifs de prise en charge des jeunes au premier acte de délinquance », pour les plus de 16 ans, et pratiquement réclamé un « pion » dans chaque classe pour aider les professeurs. Ce qu’elle a appelé le système de « tuteur des collégiens », deux adultes dans chaque classe au lieu d’un, « l’enseignant qui transmet le savoir et un adulte qui établit la discipline ».
Voilà un discours qui va réjouir les tenants de l’ordre et de la mise au pas. Même Nicolas Sarkozy devrait être séduit. Ainsi, quand Ségolène affirme que « il faut revenir à une République du respect, où chacun est à son poste et où chacun est dans son rôle », elle est parfaitement en phase avec le discours du président de l’UMP. On pourrait même presque dire qu’elle va… plus loin. Et que son engagement la place désormais à l’extrême-droite de la gauche. Ce qui ne veut pas dire au « centre ». Car même François Bayrou n’aurait pas osé aller jusque là.
Ah ! Ségolène n’est pas fille de militaire pour rien ! Elle a d’ailleurs publiquement regretté l’abandon de la conscription. Mais la présidente de la région Poitou-Charentes, avec ses idées arrêtées, brouille les pistes et risque d’empoisonner le climat au sein de son propre camp. Car, enfin, les Fabius, Strauss-Kahn, Lang, Jospin et autres candidats non déclarés n’avaient pas, semble-t-il, l’intention d’entonner dans leur programme l’air de l’ordre nouveau et du cantonnement républicain. On en plaindrait presque François Hollande qui apparaît désormais bien mal placé pour rétablir une quelconque discipline dans tout ce fatras d’ambitions et de déclinaisons.
Pendant ce temps, les « Verts », empêtrés dans leurs bulletins de vote marqués au crayon de couleur Cochet ou Voynet, comptent, recomptent et n’arrêtent plus… de compter.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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