La France est un pays formidable. C’est aussi une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qui, selon l’article 1 de sa Constitution, « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens ». C’est ainsi que, ce matin, moins de la moitié du pays ira… travailler. Et, comme d’habitude, la fonction publique, c’est-à-dire les agents de l’Etat et des collectivités territoriales, montrera le « bon » exemple. Les écoles, collèges et lycées seront fermés. Il n’y aura ni cantine, ni garderie. Les administrations feront le pont. Le trafic RATP ou SNCF sera celui du dimanche, c’est-à-dire assuré pour moitié. Les portes des agences EDF seront closes. Et il n’y aura pas de courrier. Tant pis pour les pauvres salariés qui devront faire garder leurs enfants, faire du covoiturage à défaut de prendre le train ou pester contre ce courrier recommandé qui n’arrive pas.
Mais pas question de protester contre cette « solidarité » à deux vitesses instituée par la loi du 30 juin 2004. Car les fonctionnaires « travailleront » virtuellement. Ils perdront une journée de RTT… Quant aux cheminots, ils verront leur temps de travail… annuel rallongé de sept heures, ce qui correspond à quelques poignées de minutes et pincées de secondes quotidiennes. Mais pas question non plus d’accuser les fonctionnaires qui ne sont, finalement, que « victimes » du laxisme de leurs dirigeants. Que faut-il penser en effet d’un pays qui ne parvient même plus à faire appliquer ses lois par son service public ! Et, qui plus est, met des « bâtons dans les roues » à ceux qui tentent de les respecter. En interdisant, par exemple, la circulation des poids lourds.
Aujourd’hui, la seule journée travaillée visant à dégager deux milliards d’euros pour le financement de la prise en charge des personnes âgées et handicapées sera celle des salariés non grévistes et de quelques très rares entreprises citoyennes. C’est ainsi que Total, comme TF1, « offrira » cette journée à ses employés. Car pas moyen de tricher dans le secteur privé. Les entreprises vont, en effet, acquitter une cotisation annuelle de 0,3% versée à la Caisse nationale de solidarité autonome. Mais en sommes-nous tout aussi sûrs pour le secteur public ? Nul doute que la Cour des Comptes nous en donnera bientôt la réponse.
Ce lundi de Pentecôte est l’illustration parfaite de cette fracture sociale que d’aucuns prétendaient corriger. Il est aussi à l’image de notre société, capable tout à la fois de transformer un jour travaillé en jour chômé et de revendiquer plus d’égalité en cultivant les différences. Ce lundi est finalement l’expression navrante d’un pays qui n’est plus… gouverné.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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