Exclure des grâces présidentielles du 14 juillet les condamnés pour violences conjugales, c’est bien. C’est même un signe fort en direction d’une société multiculturelle où la place de la femme semble « stagner » dangereusement. Car, aujourd’hui, en France, une femme meurt tous les quatre jours de mauvais traitements. Soit près de huit par mois. Soit deux de plus que lors de la précédente étude réalisée en 2001. Et encore faut-il savoir que ne sont pas comptabilisées les « disparitions » inexpliquées et les cas de suicide enregistrés chez les femmes battues.
Mais cette leçon de morale civique tourne à la « grimace » et à la contorsion quand, dans le même temps, le Président « gracie » les auteurs des violences sportives ou les auteurs de violences économiques et politiques. On ne peut en effet prétendre incarner la justice en glorifiant un sportif, fusse-t-il de renom, qui s’est rendu coupable, la veille, d’un coup de tête sur un adversaire. Il y a alors des mots déplacés comme « admiration » qui sonnent mal à l’oreille de tous, des jeunes sportifs comme de ces arbitres du dimanche qui passent leur week-end à se faire insulter sans réagir et à séparer des joueurs qui confondent terrain de football et ring de boxe. Pour les mêmes raisons.
Etrange pays où un international est adulé et félicité par le chef de l’Etat quand un « sans-grade » en crampons, officiant en fin fond de district, se verrait « excommunier » à vie, notamment par son club et sa fédération, pour le même geste envers un joueur adverse.
On ne peut non plus affirmer faire œuvre d’équité et donner des leçons au monde entier quand on gracie un ancien champion d’athlétisme, député de surcroît, qui, en quelque sorte, a « puisé dans la caisse » et s’est enrichi personnellement au gré d’un emploi fictif, chantage à l’obtention de marchés publics. Surtout pour lui permettre de « représenter » son pays au sein des instances olympiques.
Le « bavardage » présidentiel perd alors tout son crédit et ne devient plus qu’une parole d’opportunité, de basse politique. Le fait du prince dans toute sa splendeur. Une « faveur » supplémentaire et discrétionnaire. Selon l’humeur du jour et les caprices du temps. Tout le contraire de la République dont on se prétend le défenseur. Pas étonnant, dès lors, que, selon le CSA, 68% des Français se désintéressent totalement de ce que va pouvoir dire Jacques Chirac lors de son allocution du 14 juillet. La parole du Président est devenue un non-évènement. Ce constat n’est pas seulement lourd de sens pour les institutions, il est aussi tristement « exemplaire » pour… le pays.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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