Décidément, l’atmosphère est « empoisonnée » en Ukraine. Le héros de la « Révolution orange », l’homme à l’écharpe de couleur et au visage boursouflé par « on ne sait » quel virus étranger, « notre » Viktor Iouchtchenko national, « sanctifié » avant l’heure par les pays occidentaux, va nommer son pire ennemi Premier ministre. Au nom d’une prétendue « realpolitik ». Certes, le pays était sans majorité au Parlement depuis le mois de mars, date à laquelle Viktor Ianoukovitch, l’autre Viktor, a obtenu le plus de sièges et mené une stratégie d’union payante avec deux autres partis dont le versatile parti socialiste, mais la « pilule » est dure à avaler. Oubliés donc les belles promesses de l’hiver 2004, les accents « gaulliens » de la place de « l’Indépendance », la résistance contre Moscou, l’invalidation pour fraude de l’élection de Ianoukovitch et l’organisation d’un « troisième » tour présidentiel inédit. Le vrai courage aurait voulu que le Président dissolve le Parlement ou… s’en aille. Mais le courage n’est pas une vertu politique. Même si certains veulent le faire croire en insistant sur le fait qu’il en fallait à Viktor Iouchtchenko pour rendre son adversaire Viktor Ianoukovitch de nouveau « présentable ». Comme si le « tricheur de Kiev » avait radicalement changé. Comme si l’on pouvait encore oublier les grandes déclarations du style « les électeurs ukrainiens sont parvenus à une élection honnête » ou « je m’engage à détruire le système de corruption » et à défendre « la liberté d’expression et l’indépendance des médias ». Mais, deux ans après, le président ukrainien a « passé la main » et déçu nombre de ses partisans. Il a, certes, quelques excuses, un fils « décadent », une femme dépensière, son désamour avec la « belle Ioula » aux tresses envahissantes, et il pourrait même déclarer : « le gaz russe m’a tuer », mais il lui a manqué ce supplément d’âme qui fait la différence entre les grands hommes et les « porteurs d’eau ».
L’Ukraine va donc connaître à son tour la « cohabitation », cette sorte de perversion des institutions qui, ici comme ailleurs, ou même chez nous, prétend vouloir rassembler ce qui, auparavant, est divisé. En fait, là encore, il ne s’agit que de garder le pouvoir, contre vents et marées. Au risque de tromper les électeurs et de brouiller un peu plus les cartes.
L’homme qui voulait amarrer l’Ukraine à l’Europe a donc changé de cap et de destination. Mais, compte tenu de ce qu’il a peu prouvé, l’Ukraine n’est pas encore sortie de…. l’impasse.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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