Les responsables de l’exécutif seraient bien inspirés de s’inquiéter de la différence de perception qui existe entre la publication des « bons » chiffres du chômage et leur ressenti par la population. Car force est de constater que, malgré le son du clairon officiel, le citoyen met toujours l’emploi au centre de ses préoccupations. A croire qu’il n’est guère convaincu par la baisse annoncée ou qu’il est désormais intimement persuadé que les chiffres sont éternellement… truqués. Ainsi, selon l’enquête barométrique 2006 des ministères de l’Emploi et de la Santé, rendue publique hier, 43% des Français estiment encore que le chômage est la priorité des priorités, devant la pauvreté et même devant la délinquance et l’insécurité.
Ce « décalage » est, certes, bien dans la tradition gauloise de notre pays, mais il traduit, par son ampleur, une fracture si forte qu’aucun remède classique ne semble capable de la réduire. Pour bien faire, on a aujourd’hui l’impression que, seule, la désignation d’un cabinet d’experts indépendants sera susceptible de ressusciter un jour la confiance des Français sur un audit chiffré de la situation. Il est vrai qu’on leur a tellement menti, caché la vérité, qu’ils sont persuadés d’être à tout jamais manipulés par des chiffres qui intègrent, disent-ils, formation ou stages parkings, prennent en compte CDD d’un mois ou d’une journée, excluent étudiants ou non-salariés et rayent parfois pré-retraités ou chômeurs de longue durée qui ne sont plus indemnisés et n’ont plus « d’intérêt » à pointer.Sans parler des déçus de l’ANPE qui, après quelques semaines, voire quelques années de fréquentation, sont désormais persuadés de sa structurelle inefficacité.
Les jeunes générations sont même, sans doute, encore plus sévères envers cette « communication » qu’ils jugent très théorique au regard de leur situation, de celle de leurs copains, de celle de leur parents ou de leurs amis.
Mais il est quand même des raisons d’espérer. Selon l’enquête barométrique précédemment citée, l’on s’aperçoit en effet, que si les attentes vis-à-vis de l’Etat providence sont toujours aussi fortes, une tendance lourde semble se dégager sur la prise en compte « personnelle » des problèmes sociaux. 46% des personnes interrogées attendent certes toujours un effort de l‘Etat protecteur, mais 39% du public, soit un chiffre en hausse de quatre points par rapport à 2002, pensent aussi que ce rôle appartient aussi aux individus et aux familles. En clair, aide-toi et le ciel (ou plutôt l’Etat) t’aidera. Ce qui peut traduire, c’est selon, soit un problème définitif de confiance, soit la certitude que l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Et c’est toujours comme cela que débutent… les grandes révolutions.
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- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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