"COMdeCRISE & CRISEdeCOM"
par Jean-Paul BUSNEL
- Un autre ton - Une autre actualité- Un autre regard -
| Octobre 2008 | ||||||||||
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La France joue continuellement à se faire peur. Sur tous les sujets. Sur la laïcité, sur l’intégration, sur le racisme ou sur la liberté d’expression. Comme si elle était sûre de trouver dans cette émotion prétexte à sursaut républicain. C’est alors le « défilé » des grandes déclarations et des commentateurs avisés, les petits serments et les grandes envolées de tout ce que le pays compte de philosophes de la société. Et, quinze jours durant, les villes, les rues et les appartements bruissent de ces indignations collectives qui donnent bonne conscience à vil prix. Puis, tandis que les lumières du « parler vrai » s’éteignent progressivement, le soufflé, lui aussi, se dégonfle lentement. En attendant la prochaine occasion.
Car la France est un pays qui a toujours besoin de se révolter. Contre les autres, et contre elle aussi. On vient encore d’en avoir l’occasion, hier, avec le sondage Ifop du quotidien « Métro ». Sous le prétexte que 35% des personnes interrogées estiment que l’extrême droite « enrichit le débat politique », toutes les bonnes âmes de la nation appellent à la résistance. Et, horrifiées de savoir que 34% des sondés estiment que cette même extrême droite est « proche des préoccupations des Français », elles sonnent le tocsin de notre liberté menacée.
Toute cette agitation serait bien risible si elle n’était révélatrice de notre médiocrité. Car, dans tous les pays, l’exclusion, la misère, la pauvreté, l’injustice, l’insécurité ont toujours nourri les extrêmes. Qu’elles soient de droite et de gauche importe peu car elles sont toutes autant dangereuses. Comment, dès lors, pourrait-il en être autrement dans une France qui compte 21% de sans-emploi et plus de 4 millions de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté.
Dans tous les Etats, les émeutes des banlieues, les défilés dans les rues, les violences gratuites et les coûteuses dégradations entraînent de facto un phénomène de rejet de l’opinion qui se met à rêver d’ordre et de discipline, d’autorité et de répression. Le phénomène n’est pas nouveau et il n’épargne aucune microsociété.
Reste qu’il y a trois leçons à tirer de ce sondage. La première est sans doute que la France est, depuis longtemps déjà, mal gouvernée. Les différents régimes qui se sont succédés ne sont parvenus ni à résoudre ses problèmes d’emploi et de pauvreté, ni à assurer à ses habitants une légitime sécurité et sérénité. Il y a donc nécessité de renouvellement des hommes et des idées pour redonner un peu d’espérance à la nation et, surtout, aux plus défavorisés.
Seconde leçon, la fracture sociale sera encore la clé des prochaines élections. Mais avertis des fausses promesses du passé qui n’ont jamais été tenues, les Français voudront sans doute, cette fois, que les programmes soient détaillés, financés et suffisamment crédibles pour accepter d’y faire confiance. Les « y a qu’à » et les « faut qu’on » sont presque assurés de perdre les élections et c’est plutôt une bonne nouvelle.
Enfin, dernière leçon, arrêtons de parier sur les scrutins avec un an d’avance et travaillons. Car ces sondages ou photographies de l’instantané sont aussi versatiles que l’opinion. Ils n’engagent que ceux qui les… font.
- Tout Etat libre où les grandes crises n'ont pas été prévues est à chaque orage en danger de périr.
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Jean-Jacques ROUSSEAU
- Le 08 septembre 2008 : jury de recrutement Bac +5
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