
La surprise des Occidentaux face à ce qui est devenu "l'affaire des caricatures de Mahomet" fait peine à voir. C'est à croire que l'Europe avait déjà oublié le triste sort réservé aux "Versets sataniques" de Salman Rushdie. Pourtant, l'auteur est toujours condamné à mort et vit caché à New-York depuis 1989. Les Norvégiens, Danois et Français semblent ainsi découvrir que l'Islam n'est pas la religion de tolérance qu'ils croyaient ou, plutôt, celle que l'on veut leur faire croire depuis quelques années. A grand renfort de déclarations sur "l'Islam de France" ou la nécessaire intégration.
Mais l'Islam n'a jamais été une... religion. Il est beaucoup "plus". Contrairement au christianisme qui est centré sur la personne du Christ, l'Islam est, lui, tout entier centré sur le Coran, livre sacré, certes, mais aussi livre de morale et de prescriptions sociales et politiques. Car le discours du Prophète avait bien évolué de La Mecque à Médine. Et le Coran, parole de Dieu, est devenu Consitution, apte à définir les droits et les devoirs publics et privés, la législation du travail, la réglementation des mariages, les ordonnances fiscales et même le droit de propriété. Nous sommes donc loins des simples interdits religieux.
Mais, aujourd'hui, encore, les mots n'ont pas le même sens entre Musulmans et Européens. Ces derniers, drapés dans leur dignité et absorbés à leur tour par la dictature de la "pensée unique", hurlent à la censure et, brandissant la liberté d'expression, appellent la communauté musulmane à respecter le droit des démocraties laïques. Et, ce faisant, commettent un contresens supplémentaire. Car le mot arabe "oumma" qui désigne la communauté veut dire également "nation", ignorant les frontières. Dès lors, partout, les Musulmans, s'ils veulent suivre le Coran, ont vocation à se "superposer". Nullement à s'intégrer ou à respecter.
Finalement, cette affaire arrive à point nommé. Car elle montre au monde entier que cet Islam imagé que l'on persiste, depuis quelque temps, à vouloir présenter divisé, voire apaisé ou pragmatique, n'est en réalité qu'une bien aimable... caricature.