Les manifestations exaltées de ces derniers jours dans le monde musulman donnent raison avec tristesse à cette lecture de Guy de Maupassant : "le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit "amuse toi". Il s'amuse. On lui dit "va te battre avec le voisin". Il va se battre. Puis on lui dit "vote pour la République". Et il vote pour la République".
Le peuple devient ainsi lui-même, parfois, sa propre caricature. L'heure est alors aux manipulations de toutes sortes par des contrepouvoirs en mal de légitimité, instituant partout la précarité de situations comme la précarité d'opinions.
Aujourd'hui, en France, cette précarité sera partagée dans la démocratie, dans la rue comme à l'Assemblée. Elle ne sera pas seulement celle, dénoncée et réelle, du contrat première embauche. Elle sera aussi celle du mouvement syndical lycéen, étudiant, ouvrier qui va vouloir se compter. Elle sera enfin celle d'un Premier ministre dont l'échec dans l'épreuve ne serait pas pardonnée. Dès lors, les enjeux de la journée dépassent très largement la question du CPE. On en vient à l'épreuve de force politique où tout un chacun veut l'emporter. On en vient à oublier que le coeur du problème réside plus dans le manque de formation et d'expérience d'une jeunesse désorientée que dans l'absence de CDD. Que la première des faiblesses réside sans doute dans l'éducation. Et qu'il faut d'abord se battre pour... trouver une solution.
Reste donc à espérer que le chômage des jeunes, tel des caricatures, ne devienne pas, seulement, ici comme ailleurs, prétexte à guerre de... religion.