Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Le Gouvernement s’évertue, par la voix de ses ministres de la Santé et de l’Agriculture, à vouloir rassurer tant les consommateurs que les producteurs de la filière avicole alors qu’il serait sans doute temps, enfin, de vraiment « communiquer » sur le Virus H5N1. C’est-à-dire d’indiquer les précautions à prendre pour acheter ou consommer sain et sauf. Et, en cas de besoin, savoir comment se protéger ? Les questions alimentaires sont, en effet, multiples et toujours, pour l’instant, mal traitées. Comment manger le canard ou le préparer ? Quelle cuisson pour déguster le poulet en toute tranquillité ? Peut-on encore manger des œufs mollets ? Ou du magret de canard en provenance d’Italie ? C’est vrai, il s’agit d’informations basiques, mais ce sont sûrement celles qui conviennent le mieux en de telles circonstances. En tout cas, ce sont celles qui intéressent en premier lieu les consommateurs, plutôt que les grandes incantations du style « mangez du poulet ».
Il en est de même pour les mesures d’hygiène. Car il ne faut pas croire que l’on fera déplacer les pompiers à chaque animal mort signalé. Alors comment faire ? Et, à défaut d’attendre une éternité qu’on vienne les récupérer, faut-il enterrer les oiseaux ainsi trouvés, les mettre à la poubelle ou faut-il les brûler ? Par ailleurs, chacun voudrait bien savoir ce qu’il en est des autres animaux domestiques. On sait déjà que la grippe aviaire du poulet peut se transmettre aux chats. Alors, peut-on encore sans risque caresser son minet favori, celui du voisin ou celui de la gouttière ? Les enfants doivent-ils être protégés de tout contact et porter des gants ? La grippe est-elle dans l’air ou dans l’eau ? Peut-elle se propager aux porcs, aux ovins ou aux bovins ? Par la chaîne alimentaire ou par une simple blessure?
Enfin, en ce qui concerne les professionnels de la filière, il serait sans doute temps que le gouvernement arrête de tout promettre de l’Europe avant même d’en avoir obtenu l’autorisation. Le beurre et l’argent du beurre. Des indemnités, des subventions de solidarité et des vaccinations à tout va qui pourraient tuer nos exportations. Ce qui s’appelle rassurer gratis ou simple effet d’annonce. Car Bruxelles a déjà fait savoir, hier, que l’on n’était pas dans le cas d’indemnisations prévues pour abattages « sanitaires » ou élevages contaminés et que la Commission ne pouvait guère donner son accord à des subventions d’Etat pour lutter contre la baisse des prix ou de la… consommation.
En fait, le gouvernement recherche vainement une communication « Virus mode d’emploi ». Qui n’est, hélas, ni au programme de Sciences Po, ni à celui de l’ENA. Et il s’entremêle entre principe de précaution et anticipation, entre pédagogie et démagogie, alors qu’on lui demande juste de l’information. De la vrai, de la pure, de la solide, de la logique et de la pragmatique, le reste n’étant que rideau de fumée et envolée de… Bussereau.