Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Ilan Halimi et Raphaël Clin sont morts pour rien. Mais si l’un bénéficie désormais de la compassion nationale, l’autre n’a même pas droit de citer sur les antennes ou si peu. L’un était jeune, aimait les jolies filles et la téléphonie, l’autre était sportif, aimait sa femme et la gendarmerie. L’un a été torturé sauvagement pendant trois semaines dans un appartement HLM de Bagneux, l’autre a agonisé plusieurs heures sur une route piratée des Caraïbes.
Tous deux ont été victimes de barbares sans pitié ni humanité. Antisémites peut-être, racistes sûrement et assassins au bout du chemin. Et la seule différence entre ces nouveaux scories du genre humain est sans doute que les uns ont pris une part active au drame alors que les autres ont attendu, voire souhaité, qu’il se produise. Dans un cas, ils ont tué et torturé volontairement, dans l’autre, ils ont assisté au « spectacle » et l’ont même encouragé. Qu’importe la couleur de leur peau ou l’alibi de leur communauté.
Mais, ce soir, alors que Dominique de Villepin et Jacques Chirac se rendront en délégation à la grande synagogue de la Victoire à Paris pour entourer la famille Halimi, Stéphanie Clin pleurera toute seule à Saint-Martin Marigot, avec sa fillette de 4 ans, la mort de son mari de 31 ans. Comme si l’indignation collective pouvait encore être sélective devant tant de sauvagerie. Et comme si l’on pouvait mettre en balance d’un côté le poids de l’intolérable antisémitisme primaire à Paris et, de l’autre, la légèreté du racisme « ordinaire » outre-mer.
Cette dernière banalisation n’est pas acceptable. Comme il n’est pas acceptable qu’il ait fallu neuf jours à notre Ministre de la Défense pour s’indigner publiquement, par un communiqué de presse, de la mort et des conditions de l’agonie de ce gendarme de la brigade de Marigot. Et comme il est inquiétant qu’il ait fallu toute l’émotion et les protestations d’une jeune veuve pour que la France métropolitaine puisse enfin apprendre, pour les plus attentifs, que Raphaël Clin était mort pour rien, sous les injures et les applaudissements d’une quarantaine de nos concitoyens des Caraïbes.
On savait déjà que racisme et barbarie étaient de toutes les couleurs et de tous les pays. On ignorait encore qu’ils pouvaient être distingués ou étouffés dans la même patrie, par crainte ou par… diplomatie.