Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Georges Frèche a finalement bien de la chance d’habiter le Languedoc-Roussillon et non pas le pays de la perfide Albion. Car il a pu ainsi insulter les harkis presqu’en toute impunité sans que nulle commission ne lui en demande raison ou ne lui inflige de punition. Alors que le maire de Londres, Ken Livingstone, lui aussi socialiste travailliste, exclu en 2000 puis réintégré en 2004, s’est fait suspendre un mois pour s’en être pris à un journaliste juif.
Certes, le Président de Région n‘en a pas vraiment fini avec cette affaire puisque le ministre délégué aux Anciens Combattants a saisi la Justice. Mais, d’ici quelques temps, ce dossier, si tant est qu’il soit jugé, sera oublié tout comme l’ont déjà été les multiples errements de ce Montpelliérain turbulent. Le bureau national du Parti socialiste a, bien sûr, condamné les propos « inacceptables » de Georges Frèche, mais avec une telle mollesse que cela frise parfois la dérision. Quant à parler d’exclusion, définitive ou temporaire, comme en Angleterre, cela relève encore de l’utopie dans notre pays. Même Maxime Gremetz, qui avait jadis fendu la foule avec sa voiture lors d’une réception en Picardie, avait été blanchi. Car, au royaume des élus, la France finit par tout pardonner, les condamnations comme les exactions, ou par tout oublier en vertu des intérêts supérieurs des… partis.
Il n’en est pas de même outre-manche où les Français ont découvert avec stupeur qu’il existait une Adjucation panel, sorte d’organisme indépendant chargé de juger le comportement des élus locaux. Et cette commission d’éthique a clairement et unanimement affirmé que le maire de Londres avait manqué de « sensibilité ». Ceci étant dit avec une pudeur toute britannique, mais avec une rigueur qui fait envie.
Car voir le baron Frèche s’esquiver après avoir traité les harkis de sous-hommes alors que Ken le Rouge écope d’un carton de la même couleur, pour avoir comparé un journaliste juif à un gardien de camp de concentration nazi, a quelque chose d’insultant pour l’esprit et la mémoire. Les deux propos sont, en effet, synonymes d’une même idéologie et ne méritent aucune excuse.
Il nous faut donc accepter, encore une fois, de recevoir une belle leçon de démocratie et de vrai respect républicain. Même si cela nous vient d’une… monarchie.