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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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SOLIDARITE

Près de 63 millions d’euros pour la filière avicole victime de la grippe aviaire. Et ce n’est sans doute qu’un premier geste. Il faut y rajouter la lutte contre le chikungunya avec 4 millions d’euros pour les Réunionnais les plus vulnérables. 22 millions pour la réponse sanitaire et la prévention et 60 millions pour les entreprises nécessiteuses de cette île de l’océan Indien. Bref, le portefeuille de l’Etat semble désormais grand ouvert. Et ce n’est plus un Premier ministre que l’on reçoit un peu partout, mais un Père Noël ambulant. Dominique de Villepin multiplie les euros comme un autre, jadis, multipliait les pains. Il sort de son panier des petites coupures par millions et les distribue au gré de ses déplacements. Quant à l’ampleur des sommes en question, « déguisée » et minimisée par la nouvelle parité, elle ne semble pas effrayer l’opinion.

Pourtant, voilà un homme généreux que les plus pauvres et les plus malheureux seraient bien inspirés d’inviter de toute urgence. Dans les Assedic de quartier comme dans les banlieues défavorisées, dans les zones inondées comme dans les régions asséchées. Qui ne rêverait pas, en effet, d’être désormais vacciné, piqué, voire décontaminé à coups de subventions, crédits à taux zéro et exemptions de charges ou d’impôts. Qu’ils s’agissent des chômeurs en fin de droit comme des petits employeurs étranglés, des vignerons en mal de surproduction comme des ostréiculteurs sinistrés.

Mais d’où vient cet argent ? De quel budget voté par l’Assemblée ou de quel fonds secrets ? Quelle est donc cette « cagnotte » qui n’attendait qu’une grippe et qu’un moustique pour être distribuée ? Et qui, en prime, au milieu de toute cette détresse, peut s’offrir des « danseuses » tel le tour du monde du Clemenceau.

Personne, bien sûr, ne peut reprocher à un Etat digne de ce nom de pratiquer la solidarité.De venir au secours de ses populations dans la détresse ou dans le besoin. A condition, toutefois, que cette solidarité soit réellement financée. Qu’elle ne soit pas un nouveau tour de passe-passe comptable ou le débit différé de promesses inconsidérées qu’il faudra bien un jour payer. Par taxation d’office, impôt ou autre CSG.

A un an de l’élection Présidentielle, cette débauche de moyens ne manque pas d’interroger quand on connaît l’état de nos finances publiques. Et cette distribution gratuite frise le surendettement quand on sait que, chaque année, désormais, le quatrième trimestre de l’Etat n’est plus… assuré, sauf par des emprunts bancaires.

Ce procès n’aurait sans doute pas lieu d’être si le gouvernement nous disait aujourd’hui ce qu’il compte économiser pour faire face à ces nouvelles « libéralités ». Sur quels crédits, la Recherche, la Défense ou l’Education, il compte rogner. Sur quelles priorités, il compte différer. Cela aurait au moins le mérite de la clarté, ne ferait sûrement pas plaisir à tout le monde, éviterait les grands écarts et donnerait un vrai sens à cette… générosité.

 

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D
Il est certain que les généreuses dépenses gouvernementales sortent essentiellement de... notre porte-monnaie ! Il reste à espérer que les moustiques porteurs de la maladie sauront faire la part du feu et préférer la tendre chair d'un ministre incapable à celle d'honnêtes gens qui cherchent à survivre.
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