Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
D’habitude, dans ce genre de situation de blocage, il est de bon ton, en France, de nommer un médiateur. Histoire de poser les problèmes sur la table et d’essayer enfin de les résoudre de façon pragmatique et en laissant tout dogmatisme au vestiaire. Mais, manifestement, dans cette histoire de CPE, personne n’a vraiment envie de résoudre la crise. Ni le gouvernement qui assure sans rire être ouvert au dialogue, alors qu’il a légiféré sans consulter personne, et qui fait désormais de sa fermeté une question d’autorité. Ni les manifestants qui réclament la suppression de la loi sans même vouloir envisager un instant sa suspension ou son amélioration. Et encore moins, hélas, puisqu’il existe, le médiateur de la République !
Oui le CPE est une mauvaise loi, votée à la va-vite, ségrégationniste à l’envie et dérogatoire à l’excès au code du Travail, mais il a le mérite de pouvoir inciter les chefs d’entreprise à embaucher des jeunes de moins de 26 ans, avec ou sans qualification. Et ce peut être un réel progrès. Quant au reste, ce n’est que de la mauvaise littérature. Car, oui, les accompagnements de la loi sur le CPE sont dérisoires et de mauvaise foi. Chacun sait très bien, en effet, que l’on ne pourra pas mettre un référent derrière chaque CPE. Il n’en existe pas et on voit mal le chef d’entreprise bloquer un salarié supplémentaire pour servir de chaperon au nouvel embauché. Quant aux allocations chômage promises en cas de licenciement dans le cadre de ce contrat, elles ne seront jamais signifiantes et encore moins incitatives tant à l’embauche que pour la popularité de la mesure. Enfin, il n’est pas sûr qu’en segmentant ainsi à l’infini le marché de l’emploi, on trouve réponse non seulement au chômage universel, mais aussi au problème des futures cotisations sociales. Le CPE, venant après le CNE, n’est-il pas, en outre, l’annonciateur du CDE, ce contrat « dernière » embauche que l’on promet aux seniors, et la fin inéluctable des contrats de travail à la française et des systèmes de solidarité ? Si oui, autant le dire et l’assumer. Sinon, il est largement temps de se remettre au travail, de mettre cette « mauvaise » loi de côté, puisqu’elle n’est ni comprise, ni admise, que le gouvernement ne veut pas la supprimer, et d’en préparer une autre. Ce ne serait pas la première fois qu’une loi française, régulièrement adoptée, rejoindrait ainsi le placard aux oubliettes. Aussi, l’on aimerait bien entendre d’autres éclats de voix, plus raisonnables, s’associer aux présidents d’université pour sortir des voies étroites de l’affrontement. Car la mobilisation d’hier et celle promise de samedi ne sont en aucune sorte des solutions. Elles ne sont que l’expression d’une attente d’une vraie… considération.