Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Les présidents d’université l’ont, hier encore, interpellé. Mais Jacques Chirac est vraiment désolé. Il est retenu à Bruxelles pour discuter sur l’énergie. François Hollande a bien appelé son arbitrage. Mais le Président de la République est déjà au chevet de la Communauté. Il aurait bien voulu s’en mêler, mais il a été coincé par son calendrier et d’autres chantiers. Pas question pour autant de se désolidariser de son Premier ministre dont il est très content. Et qu’il soutient vivement et même « sans réserve », de préférence de… l’étranger. Ainsi, le 14 mars dernier, à Berlin, en marge du sommet franco-allemand. Ou lorsqu’il est avec un invité de marque comme lundi dernier, à Paris, avec le roi Abdallah II de Jordanie.
Mais pas question de trop s’impliquer. N’est pas De Gaulle qui veut. Et, surtout, Jacques Chirac veut finir son mandat comme il l’a commencé. Au dessus de la mêlée, comme au premier jour. En recours suprême et en dernier secours. Pour le reste, advienne que pourra.
Le chef de l’Etat est ailleurs. Et de cette étrange absence, il fait presque un point d’honneur. Car il est vrai que, du CPE, il n’a jamais eu l’idée. Et puis, ayant déjà payé une fois l’erreur de de Villepin, il n’a aucune envie de recommencer.
Jacques Chirac aime les jeunes et la fermeté. Mais il est aussi pour la grande fraternité. Comme celle qui lui permit un jour de retirer le projet Devaquet. Il se réjouit donc depuis hier soir, de savoir que tout le monde va aujourd’hui s’asseoir à la même table et pouvoir enfin parler la même langue. Contrairement à Bruxelles… Enfin il se réserve toujours la possibilité d’intervenir en dernière extrémité. Et même, si besoin est, après le Conseil Constitutionnel. L’article 10 lui donne en effet, pendant 15 jours, la possibilité de renvoyer la loi devant le Parlement pour une nouvelle délibération. Ce qui nous reporterait fin avril ou à la mi-mai. Mais d’ici là, le président de la République espère bien que les esprits se seront apaisés. Car il est attendu ici ou ailleurs. Depuis le début de l’année, il a ainsi enchaîné la Thaïlande et l’Inde en février, l’Arabie Saoudite, l’Allemagne et la Belgique en mars. Aussi, pas question pour lui de se laisser bloquer en avril par la rue ou l’université. Car si les étudiants et les manifestants défilent, crient et chantent près de l’Elysée, Jacques Chirac, lui, porte la parole de la France à… l’étranger