Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Encore une fois, le prix de l’essence monte à la pompe et les records sont en passe d’être battus. Hier, à Londres, le prix du baril de brut a dépassé les 70 dollars sans atteindre, dit-on, les limites du marché. Encore une fois, on nous explique que c’est la faute au cyclone Katrina, qui a dévasté les plates-formes du Golfe du Mexique. Que les prix grimpent à cause de l’Iran qui fait planer une menace de conflit. Que le pétrole vaut plus cher car l’on craint une pénurie, cet été, aux Etats-Unis qui doivent faire face à une demande de plus en plus grande. Mais toutes ces « excuses » commencent à être éculées. Car, huit mois après la tempête, les plates-formes pétrolières du Golfe du Mexique sont quasiment réparées. Le Nigeria devrait également retrouver rapidement sa production initiale. Par ailleurs, le Tchad a fait son entrée dans le club des pays producteurs et devrait permettre, à terme, aux Européens de se « libérer » un peu de leur dépendance du Moyen -Orient. Quant aux menaces de conflit avec l’Iran, quatrième pays producteur d’or noir, elles existent depuis 1979, date de la révolution islamique, et n’ont jamais empêché le pétrole de couler. Enfin, les stocks de brut aux Etat-Unis n’ont jamais été aussi importants.
Encore une fois, les seuls à vraiment payer sont les artisans, les entreprises, les transporteurs routiers et les particuliers. Tandis que les pays producteurs, les sociétés pétrolières, l’Etat par sa fiscalité et les actionnaires des raffineurs se frottent les mains. Jamais ils ne manifestent contre la rareté et l’augmentation de leur matière première. Jamais ils ne connaissent de chiffres d’affaires à la baisse. Jamais ils ne protestent contre la baisse de leurs dividendes. Bref, jamais ils ne se serrent la ceinture, préférant tout répercuter sur les usagers. On pourrait même dire qu’ils ont tout intérêt à faire monter la rumeur, à amplifier les tensions, à faire traîner les livraisons et à « retarder » l’ouverture de nouvelles raffineries. Et, même s’ils prétendent le contraire, leur train de vie et la publication de leurs bénéfices annuels sont, chaque fois, édifiants.
Il manque sans doute un certain courage politique pour, ici et ailleurs, taxer ces plus-values indues, ces bénéfices exceptionnels, mais qui se reproduisent chaque année, et ces superprofits à mettre en parallèle avec le nombre d’entreprises étranglées par ces hausses à répétition.
En fait, chacun comprend désormais que toute augmentation du pétrole n’est aujourd’hui que la conséquence de pures spéculations. Et que d’aucuns en font commerce et, contrairement à nous, en vivent… très bien.