Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Il n’est pas un Anglais qui n’aura une pensée pour la Reine en ce jour anniversaire. Qu’il soit riche ou pauvre, célèbre ou royalement inconnu, chaque sujet de sa Majesté aura à cœur de célébrer à sa façon, avant les cérémonies officielles du 21 juin, les 80 bougies d’Elisabeth II. Car la monarchie britannique, à la fois si noble et si désuète, est un parfait symbole de stabilité pour le pays. Les 54 ans de règne de cette petite femme aux cheveux blancs et aux chapeaux extravagants l’ont profondément enracinée dans toutes les familles et auprès de toutes les générations. Elle est devenue si parfaitement inutile que l’évocation même de son départ ou de son remplacement paraîtrait aujourd’hui complètement déplacée. Elle est devenue si transparente et si indispensable que le problème de la royauté, en fait, ne se pose même plus au Royaume uni. Elisabeth II est sans doute la meilleure ambassadrice de la Couronne. Tout à la fois sa mémoire, son « étiquette » et sa marque de fabrique. Quant à son apport « touristique », il est indéniable, même si personne ne distingue la souveraine derrière ses fenêtres au moment de la relève de la garde.
Reine de tout le monde, sans vraiment régner sur personne, elle honore chaque année plus de 500 engagements officiels, discute chaque mardi avec le Premier ministre et reçoit chaque jour, au courrier du petit déjeuner, lois, décrets et règlements en guise de compliments. L’histoire, avec un petit h, ne dit pas qu’elle lit tout, qu’elle écoute et comprend tout. Mais la Reine tient son rang et il ne viendrait à l’idée d’aucun tabloïd de le contester. Encore moins d’essayer de la surprendre les fesses à l’air comme le Sun vient de le faire cruellement avec Angela Merkel en vacances en Italie. Comme s’il était plus légitime de fesser la République que d’outrager la royauté.
Churchill avoua un jour avoir eu un faible pour cette « royale » propriétaire de toutes les baleines et de tous les dauphins évoluant dans les eaux territoriales. Mais c’était l’époque où la Reine n’était encore que petite sirène. Rien n’était encore venu troubler son « miroir », ni les amours divorcés de trois de ses enfants, ni le tragique destin d’une certaine lady Di qui, l’espace d’un instant, la fit mépriser.
Elisabeth II a su, dit-on, surmonter toutes les épreuves. Ce n’est sans doute pas le moindre de ses mérites, mais c’est toujours la seule vérité officielle vraiment… révélée.