Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Caprice des Dieux ? Toujours est-il que deux de nos superstars du moment envisagent de prendre leur retraite. L’un, toujours assis, qu’il pleuve ou qu’il vente, en aurait marre de tourner en rond tandis que l’autre, toujours debout, qu’il vente ou qu’il pleuve, ne prendrait plus plaisir à taper dans un ballon. C’est du moins ce que disent les gazettes. On en saura plus pour l’un aujourd’hui, tandis que, pour l’autre, il faudra attendre mercredi.
Ainsi, cet après-midi, sur le circuit d’Imola, Ferrari sera confrontée à un double défi : redonner confiance à ses supporteurs et, surtout, convaincre et rassurer Schumacher en fin de contrat. La Scudéria doit en effet prouver à son pilote qu’elle a les moyens de gagner le championnat et de lui offrir une huitième couronne. Sinon ce dernier aurait de quoi s’interroger. A quoi bon s’installer dans un étroit baquet pour amuser le public. Prendre des risques pour gagner quelques points ou quelque argent. Etre pris tous les dimanches pour jouer les utilités. Bref, faire la saison de trop pour n’avoir pas su s’arrêter. On peut comprendre que Michael Schumacher commence à être un peu blasé. A 37 ans, il a tout gagné, sept titres de champion du monde et, depuis hier, 66 pôles position.
Zidane, quant à lui, est beaucoup plus jeune. Il n’est âgé que de 34 ans et doit encore un an de contrat à son club. Mais, après cinq ans au Real Madrid, on le sent lassé. Il ne court plus comme avant et, surtout, il a, semble-t-il, abandonné tout espoir de gagner un nouveau titre de la Ligue des Champions. Alors il lui reste la Coupe du Monde pour rêver un peu. Quoique, là aussi, il ait fallu le forcer pour le faire sortir de sa retraite internationale décidée en 2004.
Les héros sont fatigués. Immensément riches et épuisés. Eternellement jalousés et toujours obligés de se dépasser. Jadis, dans les cruels jeux du stade, ils étaient éliminés au fil des ans par une sorte de sélection naturelle, blessures ou accidents. On ne se posait guère la question de leur durée. Nul n’ignorait la cruauté de leur situation, faits pour gagner (beaucoup) ou destinés à disparaître. Mais, désormais, grâce aux progrès de la médecine, de la chirurgie et des nouveaux matériaux, chacun, même si le silence est de rigueur, est amené à s’interroger sur leur coûteuse… longévité.