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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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VICTIME

On peut comprendre la grosse colère du juge van Ruymbeke, hier, devant  la télé. Car non seulement il a échappé de peu à une manipulation de grande envergure, mais il a également échappé à une belle.. promotion. Donné en effet partant à la fin de ce mois pour un poste de Président de Chambre à la Cour d’Appel de Paris, il se retrouve aujourd’hui suspendu à la décision du Conseil Supérieur de la Magistrature qui a décidé de « repousser » son avis. Il pourrait même être menacé de sanctions disciplinaires et de poursuites administratives si le Garde des Sceaux saisissait le CSM pour manquement à la déontologie. Le Premier juge d’instruction du pôle financier de Paris a ainsi perdu dans cette affaire tant une notoriété sans tâche qu’une bonne partie de sa crédibilité. Il est, en quelque sorte, devenu, bien malgré lui, la première victime du dossier Clearstream.

On reproche en fait trois choses à ce magistrat. Sa première faute est d’avoir accepté un rendez-vous secret en avril 2004, par l’intermédiaire d’un avocat, avec le vice-Président d’EADS et de s’y être rendu, de nuit, tel un « cambrioleur » ou un comploteur. La seconde est d’avoir passé un « marché » de confidentialité avec l’industriel « présumé corbeau » pour le prix de la remise de listings dont on sait aujourd’hui qu’ils sont en partie faux. Enfin, sa dernière faute est sans doute d’avoir laissé ses confrères, les juges Pons et d’Huy, « patauger » dans les méandres compliqués d’un dossier qui dépasse désormais la simple escroquerie des commissions occultes sur les frégates de Taïwan.

Au pire, Renaud van Ruymbeke, pour avoir exploité les faux listings et les avoir « négociés » hors de toute procédure, pourrait se retrouver engagé dans une sorte de complicité de faux et usage de faux.

Tout indique, certes, que le juge a été piégé. Mais on peut s’étonner qu’un homme aussi aguerri ait voulu jouer « cavalier seul » dans un dossier aussi explosif. D’autant que la grande question reste encore aujourd’hui de savoir qui manipule…qui ?

 

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