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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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ESPRIT

Deux phrases, prononcées hier sous le feu de l’actualité, méritent que l’on s’y arrête. La première est celle de Dominique de Villepin qui, s’adressant aux photographes installés dans la cour de Matignon, leur a lancé : « vous êtes là comme des fonctionnaires, comme des moules accrochées au rocher ».

Cette « boutade » du Premier Ministre, en dehors du fait qu’elle lui a valu une volée de bois vert de la part du Secrétaire général de la FSU, est révélatrice d’une certain conception de l’activité. L’Enarque distingué, donc issu lui-même de la Fonction publique, a sans doute voulu mettre en opposition un certain attentisme des autres au regard du dynamisme dont il fait preuve. Mais l’instant est, pour le moins, mal choisi. Par ailleurs, cette remarque désobligeante à l’égard des fonctionnaires n’est pas nouvelle. Jadis, tous ceux qui travaillaient dans les bureaux étaient ainsi décriés, comme autant de « messieurs les rond-de-cuir ». Mais, aujourd’hui, elle prend une dimension nouvelle dans une société éclatée avec des réformes inachevées, telles celles des retraites ou de la décentralisation. Il n’est pas besoin d’en dire plus. Chaque lecteur a désormais, s’il le souhaite vraiment, suffisamment les moyens de se faire une opinion.Tant en observant les mouvements sociaux qu’à la lecture du budget de l’Etat, des rapports des Inspections générales et de la Cour des Comptes. Ou que ce soit en compulsant les études de l’INSEE et des instituts de sondage ainsi qu’en comparant la France avec tous les autres pays industrialisés.

La seconde phrase remarquée a été celle de Jacques Chirac, hier, en marge du sommet Union européenne-Amérique latine. Le président de la République, répondant à la question d’un journaliste sur l’immigration a rétorqué : « ceux qui sont en règle n’ont rien à craindre et ceux qui ne sont pas en règle auraient mieux fait de pas venir ». Cette déclaration, un peu à l’emporte-pièce, semble sonner le glas d’une certaine tradition de « laxisme » qui prévalait jusqu’ici en France. Elle marque en tout cas une rupture certaine avec le « libéralisme » des années 1997-98 et apparaît comme un soutien sans faille au texte de Nicolas Sarkozy sur l’immigration choisie » au détriment de « l’immigration subie ». Pour autant, le chef de l’Etat a précisé que cette question serait traitée « avec toute l’humanité nécessaire ».

Au final, si, dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit que de mots, gros pour les uns, bons pour les autres, il n’en demeure pas moins qu’ils sont l’expression d’un nouvel état d’esprit à droite. Travail, réforme, Droit et règle semblent être désormais les expressions choisies pour rassembler. Et nous ne sommes pas si loin de cette « rupture » préconisée par le ministre de l’Intérieur. Trop tôt ? Trop tard ? Il est d’autant plus difficile de trancher sur les questions de société que cette dernière ne sait plus… « à quel saint se vouer ». D’autant que, au chapitre des « bonnes » intentions,  la gauche prend encore son temps avant de se prononcer définitivement sur… tous les sujets délicats.

 

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