Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
François de Closets n’a pas eu son rayonnement habituel, hier soir, sur le plateau de Marc-Olivier Fogiel. Invité à parler de son nouveau Livre « Plus encore » dans l’émission « On ne peut pas plaire à tout le monde », il avait les mains qui tremblaient un peu et le sourire tristement figé. Comme si cet homme de télévision, pourtant habitué du petit écran et des confrontations, était un peu lassé de ce combat contre les avantages indus et l’injustice sociale qu’il mène depuis plus d’un quart de siècle. En toute désespérance. Car, au final, rien n’a changé et les inégalités se sont creusées non seulement entre les hommes, mais également, et c’est sans doute pire, entre les générations.
L’écrivain s’attendait sûrement à quelques attaques des animateurs du style « vous tapez encore sur les fonctionnaires » ou « sur les droits acquis ». Mais, si l’on excepte deux ou trois SMS agressifs, en sous-titres du débat, la discussion est restée sobre. Il ne pouvait, en fait, en être autrement car chacun sait, dans son for intérieur, que François de Closets a malheureusement raison. Il a beau n’être pas entendu, il est écouté. Il a beau n’être pas suivi, il est compris. Tristement compris, hélas, par ceux qui n’en peuvent mais… Son combat n’est pas, en effet, celui de la lutte des classes, du secteur privé contre le service public, mais celui de l’abolition des privilèges, y compris ceux des grands patrons. Il est celui de la lumière et de la raison, de l’ambition et de l’innovation contre l’obscurantisme et les corporations.
L’homme fait partie des rares à expliquer que la France rayonnante de 1970 est devenue un pays ruinée, « alors que nous n’avons pas connu la guerre ». Il est l’un des seuls à crier que notre pays est un « véhicule fou qui dévale, les freins complètement bloqués ». Il est enfin bien isolé à affirmer que « l’heure des cadeaux est passée », qu’il faut « se remettre au travail » et « rendre à nos enfants l’avenir qu’on leur a volé ».
François de Closets a le courage de dire haut et fort que le tryptique « liberté, égalité, fraternité », qui figure au fronton de nos mairies, n’est plus qu’une vieille… publicité. Comment peut-on, en effet, oser parler d’égalité quand les injustices entre salariés se comptent par milliers, tant en termes de rémunérations, de congés, de départ en retraites, de pensions et de droits acquis ? Comment parler de fraternité quand trois millions de jeunes et deux millions d’anciens sont laissés au bord de la route de la société. Les uns jugés trop inexpérimentés pour travailler, les autres jugés trop qualifiés pour le rester ? Quant à parler de liberté, elle est descendue bien bas s’il s’agit seulement du droit à s’approprier le bien d’autrui. Ainsi, « oser parler de conquête sociale à propos de la retraite à 60 ans est une véritable supercherie » explique François de Closets. « Depuis quand remporte-t-on des victoires sociales sur ses enfants » ?
Cette discussion n’a plus lieu désormais dans les familles qui comptent, chacune, des privilégiés comme des exclus et craignent de voir le débat dégénérer. Ce combat n’a plus cours en politique où les postulants savent qu’il faut plutôt flatter que réformer. Mais le livre de François de Closets n’en aura pas moins de succès. Et qui sait ! Un jour, peut-être, on le remerciera d’avoir su dire tout haut ce qui se transmet encore… sous le manteau.