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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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AVENIR

« Sogerma – de Villepin, même combat » ! L’affiche est tout aussi surréaliste que l’est l’implication du Premier ministre dans cette catastrophe industrielle. Car, en l’occurrence, Dominique de Villepin ne peut pas ne pas savoir que Sogerma Services n’est plus viable depuis plusieurs années. Que l’entreprise accumule les pertes et les dettes sur un passif déjà bien encombré. Que le marché de la maintenance civile et militaire des avions est désormais passée à l’étranger, suivant en cela la mode du « low coast ». Enfin, le chef du gouvernement, en tant que représentant de l’Etat actionnaire d’EADS, ne peut pas faire semblant de découvrir les impératifs de restructuration qui s’imposent à toutes les entreprises privées qui veulent rester compétitives.

Alors, dans cette affaire, si l’on veut maintenir un site industriel complet à Mérignac, autant dire qu’il s’agit plus de subventionner l’emploi que de le sauver. Et à grande échelle ! Dominique de Villepin a en effet déclaré qu’il ne se satisfaisait pas des 300 emplois que le groupe industriel se propose de garder sur place. Avec cette phrase tout à la fois pleine d’espoir pour les salariés bordelais et maladroite pour tous ceux dont le « sauvetage » n’est plus d’actualité : « j’ai été frappé par la qualité de ces hommes et de ces femmes, par leur dignité. J’en retire la conviction que oui, il y a un avenir pour ce site industriel et que nous devons tout faire pour maintenir le plus grand nombre d’emplois ».

Ainsi donc, par la magie d’un troisième plan social et d’un survol en Aquitaine, le Premier ministre aurait-il redécouvert la vraie vie ? On ne peut pas croire un instant à cette vision simpliste des choses. Et oublier les larmes de dépit et de sang de tous ceux qui, hautement qualifiés, orgueilleux de leurs usines et fiers de leur métier, ont vu, depuis 20 ans, dans toutes les régions de France, leurs entreprises péricliter.

« L’Etat peut accompagner, aider à trouver des solutions… » a déclaré Dominique de Villepin qui reçoit, cet après-midi, Noël Forgeard, co-Président d’EADS, et Arnaud Lagardère, l’actionnaire de référence. Il leur répètera, peut-être : « que, d’un trait de plume, on décide de supprimer 1.100 emplois, cela est inacceptable ». Tout en sachant que, en disant cela, il triche un peu avec la réalité puisque le groupe s’est engagé à maintenir 300 emplois sur place et à reclasser tous les autres. On en oublierait presque aussi de parler du sort de tous les sous-traitants qui, lui, s’annonce effrayant.

Mais le Premier ministre a aujourd’hui besoin de gagner du temps et de retrouver la confiance des gens. Il est, en fait, dans la même situation, et c’est sans doute tant mieux pour eux, que les salariés de la Sogerma. A la conquête de nouveaux marchés et prêt à tout pour… rester.

 

 

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