Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Jacques Chirac a décidément pris beaucoup de distance avec son électorat pour se mettre à fustiger hier au Brésil « le culte du misérabilisme » qui règnerait en France. Mais de là à estimer que la grogne nationale relèverait d’une propension « déconnectée par rapport aux réalités », cela tourne vraiment à l’aveuglement. Et ne manque pas d’être inquiétant pour le chef de l’Etat. D’autant que ce dernier a multiplié les coups d’éclat, ces derniers temps. Le pire est sans doute ce « fait du prince » aussi discret que révoltant ! En amnistiant cette semaine Guy Drut, condamné dans l’affaire des marchés truqués des lycées d’Ile-de-France, le Président a sans doute commis, en effet, sa dernière grande faute politique. Jacques Chirac montre ainsi combien il fait peu de cas de la morale publique et de la justice de notre pays. Tout cela pour « remercier une personne ayant bien servi la France », comme le permet opportunément, et a posteriori, la loi de la République depuis… 2002.
Mais, enfin, comment peut-on « oser » blanchir quelqu’un qui vient d’être condamné à 15 mois de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende pour emploi fictif et qui n’a même pas fait appel ? Comment peut-on oser se justifier en expliquant que « cela permettra à Guy Drut de pouvoir continuer à siéger au sein du Comité International Olympique, ce qui est tout à fait essentiel pour la France et la défense de ses intérêts dans le domaine sportif » ? Où est l’éthique d’une telle décision ? Quel enseignement tirer de cette grâce présidentielle qui soustrait un « ami », député à l’époque, et ancien ministre, à une sanction déjà soigneusement « dosée »? Sinon que cette « grâce » salit tout autant celui qui en profite que celui qui la prend. Guy Drut a, certes, été un grand champion, mais cela ne lui donnait aucun droit pour transgresser les règles de la société. A moins qu’il n’ait été assuré, dès le départ, de son impunité.
Jacques Chirac aurait-il à ce point perdu, lui, le sens des réalités pour se mettre ainsi à distribuer des bons points à ses affidés ? Comme la plus banale des républiques bananières.
Mais, contrairement à ce que l’Elysée semble avoir eu la faiblesse de penser, cette amnistie disqualifie à jamais Guy Drut. Et le CIO aussi, s’il l’accepte. Dans la… foulée.