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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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HENRI

Balle de match et place au sport avec l’ouverture, aujourd’hui, de la coupe du Monde de football. Désormais, les Français vont devoir s’habituer à voir diminuer les déplacements et la productivité du travail, chaque soir, à partir de 17 h 30. Et par les fenêtres des immeubles, les cours des cités et les jardins des lotissements, on entendra les mêmes postes de télé s’égosiller et nos concitoyens s’échauffer à coups de sandwichs, de demis et d’éclats de voix. Pendant un mois, tous les sentiments nationalistes vont ainsi être exacerbés. Pour le meilleur, espérons-le, et nullement pour le pire. Avec Marseillaise et slogans à l’appui.

A ce sujet, chacun a pu remarquer, sur le car des joueurs tricolores, cette inscription « Liberté, égalité, Jules Rimet » et s’interroger sur sa signification. Chacun, certes, a bien compris qu’il s’agissait de cette façon de rendre hommage, en quelque sorte, au « créateur » de la Coupe du monde. Mais, ce faisant, deux erreurs ont été commises. Car citer seulement Jules Rimet sans y associer Henri Delaunay est commettre tout à la fois une profonde injustice et une erreur historique. Henri Delaunay dirigea en effet, de 1926 à 1928, les travaux d’une commission d’étude sur la création de cette coupe et il en présenta officiellement le projet lors du congrès 1928 de la FIFA à Amsterdam. Soutenu, bien sûr, par Jules Rimet, alors président de la FIFA. La précision n’est pas anecdotique quand on sait qu’Henri Delaunay, déjà à l’origine de la création de la Coupe de France, « récidiva » par la suite puisqu’il fut aussi à l’origine de l’Euro, initialement appelé Coupe d’Europe des Nations. Dommage donc que l’on ait oublié Henri Delaunay qui, il est vrai, ne fut jamais président… de rien du tout.

Enfin, il est sans doute maladroit d’avoir « détourné » une formule universelle et protégée, « Liberté, égalité, fraternité », pour faire « plaisir » à une fédération, à un homme ou à une compétition. Car nul ne peut remplacer sans dégât l’un des termes du triptyque. Chaque mot a sa place et sa destination. Chaque terme a vocation à s’appliquer à chaque geste de la vie. De la main ou du pied. Qu’il soit payant ou gratuit. On ne peut qu’espérer, dès lors, que la fraternité ne sera pas absente du jeu des Bleus, en  particulier, et, plus généralement, de cette Coupe du monde.

Alors ! Il aurait sans doute fallu écrire sur le car des Bleus : « Liberté – Egalité – Fraternité – Jules Rimet – Henri Delaunay ». C’était sans doute trop long sur une ligne. Mais un tel message de paix, de mémoire et d’avenir en valait bien… deux.

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