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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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Il aurait pu rêver de laisser son nom à la postérité. Mais, visiblement, il semble préférer qu’on le donne à un musée. Jacques Chirac, en inaugurant hier le musée des Arts premiers, quai Branly, a sans doute montré, par cette dernière coquetterie, qu’il n’aurait jamais dû être chef d’Etat. Plus préoccupé de laisser une trace de son « passage » que de tracer un nouveau sillon pour la société, il a ainsi dévoilé toutes ses limites. Homme de paradoxes et d’ambiguïtés, il aura mis toute son énergie à vouloir rendre hommage aux civilisations non occidentales. Quitte à « piller » le musée de l’Homme, dont un certain nombre de pièces sont issues, et le budget de l’Etat pour la bagatelle de 233 millions d’euros. Quitte à gâcher cette occasion unique qu’il avait, à l’aube de son quinquennat, de résoudre la fracture sociale… Mais, des deux promesses qu’il avait faites, il a préféré tenir la plus facile. Celle qui consiste à rassembler les œuvres des autres sans jamais en constituer aucune. Celle des collectionneurs et non des bâtisseurs.

Georges Pompidou fit en son temps élever ses tuyauteries et sa passion pour l’art contemporain en plein cœur du Marais. François Mitterrand, lui, rêvait de pyramides et les installa au Louvre. Jacques Chirac, pour sa part, posa ses masques Dogon et ses peaux de bison près de la Tour Eiffel. Toute la cinquième République des grands travaux tient dans ces trois réalisations. Nous sommes bien loin des codes Napoléon ou de l’école de Jules Ferry.

Hier, le Président était comme un grand enfant au milieu de ses « jouets ». Il s’est forgé, au cours des ans, une nouvelle « image » d’expert reconnu des arts d’Asie, d’Océanie et d’Afrique. Ses biographes ont également tout fait pour gommer son inculture supposée et superposer, au dessus de son amour de la bonne chère et des westerns, cette passion pour les civilisations lointaines et ce prétendu « dialogue des cultures ».

Eternellement en quête de reconnaissance, et sans doute plus prolixe sur les Taïnos que sur les Français, Jacques Chirac aura finalement trouvé dans les arts premiers matière à s’exprimer, à ne plus être contredit et à susciter l’admiration. Montrant ainsi qu’il n’est jamais trop tard pour trouver sa voie.

Et ce musée, quai Branly, c’est déjà, peut-être, sa manière à lui de laisser un message à son… successeur.

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