Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Une nouvelle fois, l’arbitrage de ce mondial 2006 va être critiqué après le penalty généreux qui a permis, hier, à l’Italie de se qualifier au détriment de l’Australie. Déjà, la veille, la pluie de cartons qui s’était abattue sur le match opposant le Portugal à la Hollande avait fait désordre et ajouté à la confusion du jeu. Il y a eu, certes, de nombreuses erreurs, tant de l’arbitre russe Valentin Ivanov que de l’Espagnol Luis Medina Cantalejo, mais on aurait tort de se tromper ainsi de coupables en désignant les « hommes en noir ». Car les premiers responsables des fautes ne sont pas tant ceux qui les sanctionnent que ceux qui les commettent. Qu’elles soient réelles ou non. Et quand on voit à la télévision, au ralenti, les agressions commises par de nombreux joueurs, on ne peut qu’avoir honte de ces équipes que l’on soutient. Il en est de même pour les multiples simulations qui semblent parfois transformer la pelouse en scène de théâtre. Les footballeurs montrent à ce sujet, depuis le début de la compétition, qu’ils peuvent être aussi de remarquables acteurs.
Mais ce qui pourrait faire sourire fait grincer des dents quand il truque le résultat d’un match et donne l’avantage à la plus malhonnête des équipes. Ou à la moins sportive. Enfin, si le jeu dur et la multiplication des cartons incombent en priorité aux joueurs, il est également navrant de constater l’étrange passivité de certains entraîneurs. On ne pouvait ainsi qu’éprouver un certain malaise dimanche soir en voyant l’ancien joueur et désormais sélectionneur Marco Van Basten rester « immobile » face aux actes d’anti-jeu caractérisés de son équipe. Le football serait-il à ce point devenu un combat pour que tous les coups soient permis s’ils ne sont pas « pris » en flagrant délit ? Faudrait-il mettre un arbitre derrière chaque joueur pour éviter les tricheries ? Ce serait sans doute excessif, mais il n’en reste pas moins qu’il va falloir faire quelque chose rapidement si l’encadrement lui-même n’est pas capable de ramener la sérénité sur le terrain.
Tous les records sont battus. Depuis le début de la compétition, plus de 23 cartons rouges ont été distribués alors que le précédent record datait de 1998 avec, au final, « seulement » 22 sanctions suprêmes. Trois expulsions lors du match Italie-USA, quatre lors de la rencontre Portugal-Hollande, ainsi que 16 cartons jaunes, ont ainsi détrôné et renvoyé aux archives le choc Allemagne-Cameroun de sinistre mémoire qui s’était terminé, en 2002, avec 16 cartons jaunes et deux cartons rouges.
Enfin, il faut absolument venir en aide aux arbitres pour éviter que la sensation d’être « volé » sur un but, dans un sens ou dans un autre, n’exaspère les équipes au point de leur faire perdre parfois tout contrôle. Quant à refuser, comme le fait encore Sepp Blatter, le président de la Fifa, l’arbitrage vidéo, pour « garder au football son visage humain », cela relève plus désormais de la plaisanterie de mauvais goût que d’un parfait professionnalisme. Car, au chapitre des réclamations, notamment de la part des pays africains, ce mondial 2006 fait déjà carton… plein.