Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
L’Espagne va-t-elle prendre sa revanche du Mondial de football en provoquant un séisme sur le Tour de France cycliste ? Tout porte à le croire, même si une telle formulation relève de la boutade. On sait, en effet, depuis hier et les indiscrétions d’une radio ibérique, que près de 58 coureurs seraient impliqués dans les pratiques de dopage sanguin mises en place par le docteur Fuentes, ancien médecin de l’équipe Liberty-Seguros. Et, parmi ceux-ci, ne figureraient pas moins d’une trentaine de champions, reconnus aptes après la croquignolette « visite médicale » et invités à prendre demain le départ de la « Grande boucle ». On peut ainsi citer pêle-mêle Ullrich, Basso , Beloki, Heras, Guiterrez, Botero, Mancebo, Hamilton et quelques autres. Que du beau monde !
On imagine sans peine l’embarras des organisateurs qui attendent d’en savoir plus aujourd’hui pour prendre leur décision, mais qui savent, d’ores et déjà, qu’ils auront bien du mal à empêcher tous ces coureurs de participer à l’épreuve. Malgré toute leur bonne volonté et le fameux code éthique signé par les responsables des équipes. L’exemple récent de Vinokourov et de son équipe Astana-Wurth, « exclus » puis réintégrés par le tribunal arbitral du sport, montre combien la lutte contre le dopage est loin d’être gagnée. Car, pour l’instant, la justice espagnole ne dispose apparemment que de soupçons faits de listing et de cassettes vidéo. Et on ne peut décemment pas reprocher à quelqu’un de rendre visite à un médecin, fut-il compromis, ou de figurer sur une liste de noms codés. C’est toujours le problème du « pas vu, pas pris ».
Enfin, l’affaire n’en est encore qu’au niveau de l’instruction puisque la plupart des membres présumés du réseau, dont le fameux docteur, arrêtés par la police espagnole le 23 mai dernier, ne doivent être interrogés par le juge qu’à partir du 20 juillet. Question de vacances sûrement. Ce qui laisse largement au Tour de France le temps de quitter Strasbourg et, peut-être même, … d’arriver à Paris.