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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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D’ores et déjà, la France a « gagné » son Mondial. Contre toute attente. Contre toute espérance. Contre tous les pronostics. Les miens comme ceux de la majorité des amoureux du ballon rond. Il y a tout juste un mois, pas un kopeck n’aurait été misé sur cette équipe de « bras cassés » où les « vieux » se traînaient et où les jeunes se cherchaient. Aujourd’hui, l’ensemble est encensé, porté aux nues, ressuscité d’entre les cieux. Par quel magie, Domenech aurait-il donc transcendé les siens ? Quelle potion aurait-il fait boire aux tricolores ? A moins qu’il ne soit lui-même le magicien, le « faiseur de miracle », l’homme providentiel que tout le monde cherchait depuis Aimé Jacquet.

Rien de tout cela, en vérité. L’équipe de France, tel un animal blessé, a retrouvé son football dans un sursaut d’orgueil. Humiliée par ses propres performances, plus encore que par les commentaires, elle a redressé la tête, serré les dents et fait bloc autour de Zidane. On ne reconnaît plus les joueurs français. Désormais combatifs à souhait alors qu’on les sentait lassés. Pugnaces et agressifs sur le ballon alors qu’on les voyait jadis attendre une passe qui ne venait jamais. Solidaires en défense au lieu d’évoluer bien solitaires. Hier victimes expiatoires, « gladiateurs » promis à la mort, aujourd’hui défiant la foule et réclamant la couronne de César.

Savourons notre plaisir, mais gardons en mémoire toute l’histoire de ce mondial pour éviter l’ivresse de l’altitude, celle qui fait perdre tous les moyens et renier la vérité. Rappelons-nous que de multiples erreurs d’arbitrage ont émaillé le premier tour, au détriment surtout des pays africains Etonnons-nous aussi de ne voir représenté qu’un seul continent dans le dernier carré. Comme si l’Europe était le nombril du monde et la seule « patrie » du ballon rond. Oubliés Brésil, Mexique, Chili, Argentine et quelques autres.

Sachons raison garder, féliciter le tirage au sort de nous avoir favorisés, l’adversité de nous avoir épargnés et prenons plaisir. « Carpe diem ». La France en demi-finale, c’était inespéré. C’est désormais un supplément de bonheur, un extraordinaire bonus à savourer. Après l’Espagne et le Brésil, il ne peut plus rien arriver aux Bleus, sinon la victoire après la… consécration.

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